Elections du 27 novembre en Egypte ou Pourquoi les Egyptiens iront à la pêche dimanche

Le 27 novembre 2010 et comme tous les cinq ans, les Egyptiens sont appelés à élire leur Parlement. Malgré la proximité des présidentielles (prévues en 2011) et l’habituelle répression des mouvements de contestation et des activistes (surtout des Frères musulmans), la population égyptienne semble se désintéresser du scrutin de dimanche. Le dimanche étant le premier jour de la semaine en Egypte, le 27 risque d’être simplement un lundi comme les autres pour une grande partie des Egyptiens.

  • Pourquoi ces élections auraient pu enflammer les foules

L’élection présidentielle aura lieu l’année prochaine, et il est fort probable que l’actuel président, Hosni Moubarak, pour la première fois depuis 30 ans, ne briguera pas un autre mandat, à cause de son âge et de sa santé déclinante. En 2005, pour la première fois, l’élection présidentielle avait mis en concurrence plusieurs candidats. Auparavant, la présidentielle consistait en un référendum sur un seul nom. La voie serait donc théoriquement libre en 2011 pour d’autres candidats.

La force d’opposition principale, les Frères musulmans, a actuellement, avec 88 sièges, la position la plus importante derrière le PND (Parti national démocratique) le parti au pouvoir. Il leur faudrait environ une trentaine de sièges supplémentaires pour avoir un vrai poids dans la vie politique.

Le durcissement de la répression policière des opposants semble indiquer que le gouvernement accorde de l’importance à ces élections, ou tout au moins veut verrouiller le paysage politique dès maintenant, en vue des présidentielles à venir.

Ces dernières dépendent des résultats des élections législatives car le choix des candidats dépend de la constitution du Parlement. Depuis 2007 et diverses réformes de la Constitution, alors dénoncées par Amnesty International comme le plus grand retour en arrière du point de vue des droits de l’homme depuis 26 ans dans ce pays, les candidats à la présidentielle doivent être nommés par des partis représentant au moins 3% des membres du Parlement.

L’économie pourrait être un grand débat national, mais elle est surtout traitée au niveau local voire très local. La situation économique de la plupart des 80 millions d’Egyptiens, malgré un taux de croissance impressionnant ces cinq dernières années (dépassant parfois les 7%) est toujours très préoccupante. Environ 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté (2$ par jour) et le taux de chômage est deux fois supérieur au taux officiel de 10%. Le salaire minimum est de 400 livres par mois (52 euros), et le gouvernement reconnaît une inflation de 12% annuels.

  • Et pourquoi le sentiment de résignation domine

Les Egyptiens ont le sentiment –assez justifié- que le scrutin est joué d’avance. Déjà en 2005, le taux de participation n’était que de 25%.

Même la perspective de faire de ces élections une répétition générale avant les présidentielles n’est guère enthousiasmante. Il est très probable que la présidentielle de 2011 sera verrouillée et que le PND présentera un candidat victorieux, peut-être Gamal Moubarak, le fils de Hosni Moubarak. Le pouvoir montre, par les mesures répressives enclenchées dès le début de la campagne, qu’il veut assurer son emprise sur le pays dès les législatives de cette année.

Entre le parti au pouvoir, le PND, et les Frères musulmans – ces derniers bénéficient effectivement d’un soutien populaire- il n’y a pas de troisième voie. Les autres partis d’opposition sont trop faibles et aucune figure vraiment charismatique ne se présente.  Mohamed El Baradei, ancien directeur de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique, dont la possible candidature à l’élection présidentielle avait suscité un certain enthousiasme, lequel est d’ailleurs largement retombé à cause de son image d’homme trop éloigné de la réalité égyptienne, ne présente pas de liste à ces élections. Ses partisans ainsi que ceux d’autres tendances de l’opposition suivront le mot d’ordre de boycott des élections.

Dans les milieux aisés, presque personne ne s’intéresse au politique. Les pauvres et les ruraux semblent être les seuls à aller voter. C’est pour eux un moyen de se rapprocher de l’administration et de faire pression pour des services (éducation, eau, gaz, électricité) que les riches obtiennent naturellement. Le clientélisme est l’essence du politique pour de nombreux candidats et administrés. Ce paramètre est parfaitement compris et exploité par le PND et les Frères musulmans. Le vote d’opinion est peu développé, même si la faveur des électeurs pour les « indépendants sur les principes du PND » leur permet d’exprimer leur opinion défavorable au parti au pouvoir.

Enfin, l’usage du droit de vote peut être un exercice dangereux en Egypte. Le pays est encore sous la loi de l’état d’urgence, proclamée en 1981 après l’assassinat d’Anouar El-Sadate, et renforcée depuis 2007. Cela laisse la police libre de réprimer les activistes et de faire pression sur les électeurs. Lors des précédentes élections parlementaires, en 2005, plus d’une dizaine de personnes ont trouvé la mort dans les émeutes.  La foule souhaitant voter s’était opposée à la police qui maintenait fermés les bureaux de vote des districts susceptibles d’être remportés par l’opposition – et principalement les Frères musulmans.

  • Comment se déroule la campagne ?

Il y a bien entendu des affiches, des talk-shows, des tribunes des opposants dans les journaux de l’opposition. Mais la plupart des média égyptiens sont contrôlés par le gouvernement ou ont subi récemment un tour de vis, comme le Dostour. Le PND est donc le parti qui se fait, et sans commune mesure, le plus entendre.

La campagne pourrait être plus démocratique, et c’est un euphémisme.

Le scrutin est en quelque sorte déjà truqué avant même l’ouverture des urnes.(article d’Al-Jazeera en anglais sur le sujet)

De nombreux candidats sont révoqués pour des motifs plus ou moins compréhensibles. A Alexandrie par exemple, l’un des bastions des Frères musulmans, plus de 60 candidats ont été refusés alors qu’ils remplissaient tous les critères pour se présenter. Cette semaine, puisqu’il n’y avait pas assez d’opposants, un juge a demandé la suspension des élections à Alexandrie, mais le PND a fait appel de cette décision et le Comité électoral refuse d’appliquer cette décision.

Depuis que les Frères musulmans ont annoncé, en octobre, leur participation au scrutin, la police a arrêté plus de 1000 de leurs partisans et continue les opérations d’intimidation et les arrestations de plus en plus frénétiquement. On peut lire ici des articles de journalistes d’al-Jazeera sur le sujet.

Le site des Frères musulmans propose un petit sondage:

Pourquoi le gouvernement américain reste-t-il silencieux alors que la répression gouvernementale égyptienne se poursuit ?

1- parce qu’il craint que les Frères musulmans parviennent au pouvoir en Egypte

2- pour affaiblir le Hamas, sa branche palestinienne

3- le gouvernement Obama a d’autres priorités que la démocratie en Egypte

4-  le régime égyptien tel qu’il est est son plus grand allié dans la région et est de ce fait indispensable

5- il n’est pas vrai que le gouvernement américain ignore la répression en Egypte

Il n’y aura pas d’observateurs internationaux pour attester de la transparence de ces élections. Le scrutin devrait être surveillé par des ONG. Mais des organisations locales de défense des droits de l’homme, théoriquement autorisées à surveiller les élections, se plaignent du peu d’empressement mis à leur fournir leurs accrdéditations.

Depuis 2000, les juges supervisaient l’ensemble des scrutins électoraux. Mais en mars 2007 (malgré ou à cause du mouvement des juges en 2005-2006) un amendement a abrogé cette obligation et donné aux juges la seule surveillance du décompte des voix, celle du vote lui-même étant à nouveau confiée à de simples fonctionnaires directement nommés par le gouvernement.

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Filed under élections législatives, Egypte, opposition, partis politiques

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