Pourquoi les élections législatives ont-elles été repoussées ? ou Qui a peur des Frères musulmans?

Elles étaient censées avoir lieu en septembre. Ce ne sera pas le cas, a annoncé le Conseil suprême des Forces armées. Elles auront lieu vraisemblablement en novembre.

Le report des élections législatives a été annoncé pour satisfaire une partie de l’opinion. En effet, depuis l’approbation massive du replatrâge de la Constitution lors du référendum d’avril, certains protestent et réclament une Constitution avant les élections, ou au moins le report des élections. Ce sont des activistes qui étaient opposés à ce vote d’avril parce qu’ils voulaient une Constitution minimaliste mais démocratique, et tout de suite, et des libéraux, c’est-à-dire, dans le lexique de la vie politique égyptienne, des sécularistes militants. Bien sûr, on rétorquait à ceux qui voulaient quand même une commission pour rédiger rapidement une Constitution démocratique, qu’ils n’étaient eux-mêmes pas très au fait des us de la démocratie, puisqu’ils ne respectaient pas la volonté populaire qui avait donné son aval aux modifications de la Constitution.

Pour la manifestation et le sit-in à durée indéterminée du 8 juillet, l’un des mots d’ordre envisagés était d’ailleurs : « la Constitution d’abord ! ». Le plus fédérateur a finalement été : second vendredi de la colère. En effet, ce grand intérêt pour la Constitution ne vient que d’une partie de la population, beaucoup s’intéressent à des questions plus terre-à-terre.

Les échéances sont donc repoussées, mais leur ordre est maintenu : d’abord les élections, et ensuite la Constitution.

Mais pourquoi certains voulaient-ils « la Constitution d’abord ! » ?

Tout simplement parce qu’ils craignaient que les Frères musulmans ne soient les principaux rédacteurs de cette Constitution et ne fassent de l’Egypte un Etat islamique. Certes, diverses figures parmi les Frères musulmans ont voulu dissiper cette inquiétude, mais en vain.

Théoriquement, la Constitution qui fait de l’Egypte un régime militaire et présidentiel à l’excès avait été abrogée à la chute de Moubarak. Mais les amendements d’avril, concernant et libéralisant les conditions pour se présenter aux élections présidentielles, et limitant les pouvoirs de l’exécutif, l’ont de fait réactivée !

D’après les amendements d’avril aussi, néanmoins, le prochain Parlement élu a l’obligation de rédiger une Constitution.

Sa composition est donc primordiale puisque c’est elle qui déterminera les orientations de la Constitution. Or, vu l’état de la scène politique dans les campagnes à la chute de Moubarak, le parti qui apparaît comme pouvant mobiliser le plus de sympathisants dans toute l’Egypte paraît bien être les Frères musulmans. Depuis quelques mois, on assiste bien à une floraison de nouveaux partis, dont certains ont vraiment des moyens, comme El-Adl (la justice), ou bénéficient du soutien de militants motivés, comme les socialistes, mais il leur faut encore du temps pour se préparer.

Jusqu’à présent, certains partis et mouvements, comme l’Association nationale pour le Changement, d’El-Baradei, ont rendu publics leurs principes ou manifestes constitutionnels. Le mouvement du 6 avril débute une campagne de sensibilisation et de réflexion (page facebook).

Et récemment, le 7 juillet, juste avant la grande manifestation du vendredi, dans un timing conforme à ses habitudes (une concession la veille pour dégonfler la mobilisation), le Conseil suprême des forces armées a ré-affirmé qu’une nouvelle déclaration constitutionnelle, avant toute chose et pour dissiper les inquiétudes, serait édictée, qui déterminera les principes de la Constitution à venir.

Cependant, un Conseil national est déjà chargé de rédiger ces principes constitutionnels et a émis plusieurs recommandations, la dernière datant du 2 juillet ! Ce Conseil est composé de juristes et d’activistes.

Le texte demande un Etat civil et moderne, qui garantisse la liberté, la justice sociale et la dignité humaine.

L’article 2 est conservé. Il spécifie que la loi trouve sa source principale dans la sharia et que l’Islam est la religion de l’Etat. C’est un article qui pose problème mais que personne n’envisage de modifier, tellement les résistances seraient violentes et les dissensions fraternelles. Néanmoins le texte précisait que le gouvernement ne pouvait pas imposer de décrets religieux au peuple.

Enfin l’armée restait le protecteur de l’Etat, mais avec une obligation de consultation constante de la Cour suprême constitutionnelle.

La dernière déclaration des Frères musulmans ne fait rien pour arranger les choses: ils protestent contre l’idée d’un comité travaillant à la Constitution avant les travaux de l’Assemblée constituante proprement dite: mettre en place des principes qu’aucune Constitution ne pourrait modifier serait anti-démocratique. Ils appellent donc à une grande manifestation le 29 juillet, pour protester contre les protestataires! Selon eux, il y a en ce moment en Egypte une “minorité” qui dédaigne les intérêts de la majorité silencieuse…

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Filed under élections législatives, Conseil suprême des Forces armées, Constitution, Egypte, Frères musulmans, révolution, Tahrir

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