Remaniement ministériel : beaucoup de bruit pour rien

Annoncé pour le lundi 18 juillet, 11ème jour de ré-occupation de la place Tahrir, le remaniement minsistériel a traîné jusqu’au jeudi. Cette mesure ne répond guère aux attentes des manifestants: elle leur semble artificielle, le gouvernement n’ayant qu’un pouvoir limité, toutes ses décisions devant recevoir l’aval du Conseil suprême des froces armées. Le Premier Ministre du gouvernement de transition, Essam Sharaf, dont certains avaient récemment demandé la démission, a annoncé que ce n’était qu’ « un début » dans la réalisation des demandes des protestataires de toute l’Egypte,  mais sans dire quelle serait la suite de ce début.

Qui plus est, plusieurs ministres très contestés sont maintenus en place.

Ainsi Mansour El-Eissawi, le Ministre de l’Intérieur, très controversé évidemment, à cause de la persistance de la brutalité policière et Mohamed Abdel-Aziz El-Guindy, Ministre de la Justice, critiqué aussi à cause de la lenteur des procès contre les figures du régime Moubarak, gardent leur poste.

Des membres du PND restent aussi, comme le Ministre de la  Coopération Internationale et de la Planification Fayza Aboul-Naga, et le Ministre de l’Environment Maged George, ainsi que le Ministre de l’ Education Gamaleddin Moussa. Avec des pourcentages avoisinant les 30 ou 60% d’illettrés suivant l’âge et le sexe, c’est pourtant un secteur critique.

Des personnalités trop associées au régime précédent ont quand même été renvoyées, comme Zahi Hawass, le très controversé Ministre des Antiquités, soupçonné de corruption, très lié au NPD, mégalomane, et il a presque été remplacé par Abdel-Fattah El-Banna, mais des doutes sur l’intégrité de ce dernier ont surgi, aussi la question est-elle encore en supsens.

Le Ministre de l’Economie et des Finances, Samir Radwan, a aussi été remercié. On lui reprochait d’avoir appartenu au PND de Moubarak, et pire encore, d’avoir été membre du Comité dirigé par Gamal Moubarak, le fils de Hosni. Il a été remplacé par Hazem Beblawi, économiste de renom. Il écrivait un papier hebdomadaire dans le journal d’Etat Al-Ahram, où il défendait vigoureusement les principes économiques du libéralisme. Il y critiquait également la politique économique de Moubarak. Il est l’un des membres fondateurs du Parti Social Démocratique Egyptien. Sa première interview accordée au Shorouq a pourtant déçu ceux qui attendaient de lui la mise en place d’un budget répondant aux désirs de “justice sociale” exprimés pendant la Révolution et les innombrables manifestations aux revendications sociales qui ont lieu depuis février. Il a en effet déclaré : « Si nous modifions le budget –qui a été établi légalement et avec l’accord du gouvernement- nous trouverons tous les jours quelqu’un qui nous demandera de le modifier encore une fois. »

Comme preuves de sa bonne volonté, Sharaf a nommé chargé de portefeuille du Développement politique et de la Transformation démocratique, le Dr. Ali Al Selmy, également deuxième vice-Premier Ministre et détenteur du portefeuille de l’investissement et des affaires publiques. C’est l’ancien Premier Ministre du Cabinet fantôme du Wafd.

Bahey al-Din Hassan, directeur de l’Institut du Caire d’Etude des Droits de l’Homme, s’est vu proposer le poste de chargé des droits de l’homme au ministère de l’Intérieur, mais il l’a refusé, car ce poste lui paraissait tout à fait creux.

(photo by Gigi Ibrahim) graffiti:"le peuple n'a pas cessé de vouloir la liberté= le peuple veut ENCORE la liberté"

D’autres ministres ont été remplacés, comme celui de l’Education supérieure et de la Recherche scientifique.

Le Ministre des Affaires étrangères avait démissionné de lui-même dimanche. Orabi était entré en fonction à la mi-mars, quand son prédécesseur, Nabil al Arabi, avait quitté son fauteuil ministériel pour celui de secrétaire général de la Ligue arabe. Orabi n’était guère aimé, principalement parce qu’il était ambassadeur en Allemagne quand les Moubarak avaient assidûment profité des soins prodigués par les hôpitaux allemands. Mohammed Kamel Omar, diplomate, a été choisi pour le remplacer principalement parce qu’il n’était pas très connu et ne risquait pas de se voir associé à la période Moubarak infamante. Néanmoins, le Conseil suprême des forces armées a indiqué qu’il n’approuvait pas la démission de Orabi. Jeudi, finalement, le changement a été accepté.

Le Wafd, parti libéral économiquement, est en bonne place dans ce gouvernement, avec le Ministre de l’Economie, mais aussi Mounir Fakhri Abdel-Nour, le Ministre du Tourisme, et Osama Heikal, nouveau Ministre de l’Information. Un seul homme de gauche a été nommé : Gouda Abdel-Khaleq, comme Ministre de la Solidarité.

Ce remaniement semble beaucoup de bruit pour rien aux manifestants, et apparaît comme une concession honteuse à l’autre bord, par exemple aux anciens syndicats affiliés au PND de Moubarak. En tout cas, il était un tel casse-tête qu’il a envoyé le Premier Ministre à l’hopital en début de semaine pour fatigue intense…

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Filed under Conseil suprême des Forces armées, gouvernement, remaniement ministériel, Tahrir, Wafd

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