Egypte : des manifestants Coptes massacrés

Dimanche dernier, au Caire, des « éléments non identifiés », selon toute vraisemblance les « forces de l’ordre » et des hommes en civil mais armés, ont fait plus d’une trentaine de morts et de deux cent blessés en dispersant une manifestation pour les droits des Coptes.

La marche « de la colère » est partie d’un quartier du Caire majoritairement copte ( à Shubra) pour atteindre « Maspero », le bâtiment de la radio et de la télévision d’Etat. Les protestataires étaient principalement Coptes.

Deux heures environ après le début de la marche, vers six heures, les manifestants subissent des jets de pierres. Ils s’arrêtent, certains répondent, puis après quelque temps, le mouvement reprend. Lorsque la marche, de plusieurs milliers de personnes, principalement des Coptes, arrive à Maspero, elle est accueillie par des tirs à balles réelles. Des véhicules de l’armée foncent sur la foule et écrasent de nombreuses personnes.

Certains des manifestants répondent par des jets de pierre, affrontent les forces de l’ordre, c’est-à-dire la police militaire et la police anti-émeute, et brûlent au moins un  de leurs véhicules. Les affrontements continuent quelques heures, des « civils » caillassent les manifestants, certains restent pour répliquer, d’autres s’enfuient vers la petite place adjacente, Abedl Moniem Reyad, d’autres carrément vers la place Tahrir (qui est à à peine 15 mn de marche), et les affrontements se déplacent apr là aussi, certains passants se retrouvant attaqués avec des bâtons ou des pierres, aux cris de « il est copte », sous le regard indifférent de l’armée.

Il faut dire qu’à ce moment-là, la version officielle, propagée par les télé d’Etat, est que les Coptes ont attaqué les soldats et fait au moins trois morts et vingt blessés.

Encore une « bavure » de l’armée et des forces de sécurité

Après le soulèvement de janvier/février et la démission de Moubarak, les manifestations se sont multipliées dans toute l’Egypte. Les Egyptiens n’ont plus peur de descendre dans la rue.

Pourtant, les morts de ce dimanche interviennent juste quelques jours après que la précédente manifestation copte a été accueillie avec violence (Dans cette vidéo, on voit des policiers de l’armée frapper violemment et longuement un homme à terre, malgré les protestations d’un officier).

La communauté copte a déposé une plainte contre le chef de la police militaire.

Bien plus tôt dans l’année déjà, le 9 mars dans l’après-midi, l’armée et des « baltageya » (voyous armés) avaient déjà dispersé violemment la « deuxième occupation de la place Tahrir » : tous les soirs, malgré le couvre-feu, ils venaient protester contre la lenteur des changements après la Révolution.

Le 9 avril dans la nuit, l’armée et des baltagya mettent brutalement fin à la manifestation du vendredi, en faisant deux morts, manifestation exceptionnelle car elle avait vu arriver à la fin de la journée quelques soldats qui voulaient dénoncer la mainmise de l’armée sur l’Etat et l’organisation interne de l’armée, autocratique, corrompue, sclérosée.

Le 14 avril, après les violences (presque une quinzaine de morts) ayant frappé la communauté copte dans des quartiers pauvres du Caire (Moqattam et Sayyeda Aïcha), violences faisant elles-mêmes suite à une histoire d’amour interconfessionnelle contrariée et responsable de deux morts, les Coptes qui manifestaient depuis plusieurs semaines devant Maspero ont été violemment attaquées par les forces de l’ordre et/ou des baltageyya, et il y eut de très nombreux blessés.

Les raisons de la colère

La manifestation était suscitée par les événements récents, c’est-à-dire l’attaque d’une église en Haute-Egypte dans la région d’Assouan, l’indifférence des pouvoirs publics, puis la violence avec laquelle avait été dispersée quelques jours plus tôt la manifestation copte précédente.

L’église de Marynab a été brûlée la semaine dernière, parce que les Coptes qui l’utilisent depuis les années 1980 voulaient la rénover, et que les autres habitants du village en ont pris ombrage.

Les manifestants demandaient aussi l’égalité effective pour les Coptes (par exemple dans l’administration) et le droit de construire ou rénover des églises facilement, et la démission du gouverneur d’Assouan qui avait plus tôt conseillé aux Coptes de ne pas jeter de l’huile sur le feu.

Les Coptes ont, depuis février, souvent fait des manifestations devant les fenêtres du Maspero, pour exprimer leur agacement de ne pas entendre leurs demandes relayées par les médias officiels.

Les Coptes chantaient aussi des slogans contre le régime militaire, ce qui n’a sans doute rien fait pour leur attirer la sympathie des forces de l’ordre,  réclamant la démission du Conseil suprême des forces armées et du Maréchal qui le dirige, Tantawy. Cette opinion n’est pas nouvelle, dans leurs manifestations du printemps à Maspero, ces slogans étaient déjà présents. Cette insatisfaction vient du sentiment de vulnérabilité des Coptes, car l’armée ne les défendait pas quand des membres de leur communauté étaient attaqués.  Des églises avaient déjà été attaquées, ainsi qu’un sit-in à Maspero, et plus d’une dizaine de morts étaient à déplorer. L’armée et la police militaire assument en effet le maintien de l’ordre depuis la Révolution, en coopération parfois avec la police ou la police anti-émeute. Maintenant, il ne s’agit plus de l’indifférence de l’armée, mais de son hostilité. Même si, évidemment, elle rejette toute responsabilité dans la mort des manifestants.

Témoignages en anglais :

Sarah Carr

Hani Bushra

Sharif Abdel Kouddous

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Filed under armée, Conseil suprême des Forces armées, loi d'Etat d'urgence, presse

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