Blogueurs et journalistes égyptiens, soyez pro-Tantawi et taisez-vous!

Par Nadéra Bouazza

Alaa Abd el Fattah a écrit une nouvelle lettre, que vous pouvez lire traduite en anglais ici. Le blogueur, arrêté le 31 octobre dernier et condamné à 15 jours de détentions par les tribunaux militaires, croupit encore en prison. On l’accuse d’avoir encouragé des actes de violences lors de la marche copte du samedi 9 octobre, autrement appelé Bloody Sunday. Or les images de cette nuit meurtrière accusent l’armée et ses chars, fonçant sur les manifestants.

L’emprisonnement d’Alaa Abd el Fattah est un autre symptôme de la division grandissante entre les activistes et l’armée qui leur a semblé un temps providentielle. L’animosité réciproque grandit entre  les forces armée et les partisans de la Révolution : ces derniers considèrent de plus en plus l’armée au pouvoir comme partie intégrante du régime qu’ils ont tenté d’abattre.

En sept jours de détention, le blogueur et ses proches ont largement communiqué. Une manifestation était organisée au Caire, trois jours après son arrestation. Sur la Toile, le hashtag  #FreeAlaa permet de suivre son actualité et réclamer sa libération.

Dans cette deuxième lettre, datée du 3 novembre et publiée sur son blog le 5, Alaa évoque son transfert à la prison de Tora et les conditions difficiles de sa détention, de la promiscuité des cellules aux conséquences morales de l’enfermement. Il raconte avoir jeûné cinq jours pour éviter de se rendre aux toilettes, dont aucune porte ne fermait l’accès. «Je ne savais pas comment être un homme dans mon état, même si des milliers sont soumis à des conditions semblables ou pires. Je n’ai eu qu’un avant-goût des atrocités de la prison militaire ou des tortures affligés», raconte-t-il.

Prison ou rétractation

Les officiers insultaient tout prisonnier essayant de rentrer en contact avec le blogueur. Il quitte donc cette prison pour une cellule plus grande à Tora.

Il refuse l’offre du Conseil suprême des forces armées, sa liberté contre le silence. Il gagnait sa liberté si et seulement si il arrêtait de critiquer l’armée. Mais le blogueur ne veut pas de cette liberté au rabais : «Comment pourrais-je encore regarder mes parents en face  si j’avais accepté l’offre?» écrit-il.

Sa mère a d’ailleurs commencé une grève de la faim pour protester contre l’emprisonnement de son fils.

Depuis son arrivée au pouvoir, l’armée enferme toute personne qui ose critiquer sa légitimité et son action aux plus hautes fonctions de l’Etat égyptien. Alaa Abd el Fattah n’est qu’un exemple parmi d’autres arrestations arbitraires et de maltraitances, parfois mortelles.

Toutes les violences dans lesquelles l’armée a été impliquée sont encore en cours d’investigation, même si cela fait des mois (par exemple, 9 mars, 9 avril…) Le cas suivant est encore en cours d’examen/ d’étouffement. Dans la nuit du 27 octobre dernier, un autre événement s’est ajouté à la longue liste des méfaits de la police : un jeune Egyptien de 24 ans est mort dans un hôpital du Caire, à cause, d’après les premiers rapports et le réseau des activistes, de tortures infligées en prison par ses geôliers.  Essam Ali Atta Ali a succombé à ses blessures, d’après les rapports officiels « après avoir subi une baisse importante de la pression artérielle et une insuffisance cardiaque ».

Le muselage de la télévision égyptienne et de ses journalistes.

Les blogueurs chevelus ne sont pas les seuls à être dans la ligne de mire du Conseil suprême des forces armées. Les médias et principalement la télévision, car elle reste le média le plus influent dans la société égyptienne, subissent un diktat du pouvoir militaire.

«Moubarak est parti et rien n’a changé. J’ai des amis qui ont participé à la révolution et qui regrettent aujourd’hui. Les rues du Caire ne sont pas sûres. Le ministre de l’Intérieur ne fait rien pour assurer la sécurité et les profits reviennent directement aux militaires!», nous confie Mohammed, un jeune pharmacien égyptien en visite à Paris.

De jeunes Egyptiens manifestaient contre les tribunaux militaires, samedi dernier, à Londres, où ils résident en ce moment. Après avoir rangé les banderoles, ils parlent de la situation dans leur pays, où ils comptent bien rentrer fin novembre pour pouvoir voter.

« L’armée et le peuple avaient le même but en février, empêcher Gamal Moubarak de succéder à son père… mais maintenant, l’union est terminée, l’écart se creuse. On veut la liberté d’expression, des médias indépendants, et une justice civile, et un gouvernement civil… » « Ils ne voient pas le problème, parce qu’ils SONT le problème » « On n’était qu’une trentaine, alors qu’en février il y avait bien des milliers d’Egyptiens qui manifestaient à Londres… c’est comme là-bas, les gens n’ont pas l’énergie pour continuer à se battre… » « Et le Conseil suprême des forces armées en profite pour nous avoir… tu as vu les principes constitutionnels qu’ils voulaient faire passer ?!? »

A de nombreuses reprises au cours de l’année, les bureaux et les journalistes de différentes télévisions, Al-Jazeera notamment, mais aussi OnTV, TV25, et Al-Hurra, ont été inquiétés. Les deux derniers journalistes à avoir subi ces pressions, Yosri Fouda and Ibrahim Issa, deux figures célèbres, ont été menacés et censurés après leur couverture des manifestations coptes le 9 octobre 2011. La pression est telle que Yosri Fouda a décidé de suspendre son émission Akhir Kalam, le dernier mot. Par respect pour sa profession, il préfère se retirer que mentir.

«Ceci est ma forme d’auto-censure. J’ai le choix entre dire la vérité ou ne rien dire du tout. Cette action est un cri, poussé par amour pour mon pays et visant au bien commun»,  confie le journaliste au site Alakhbar.

A trois semaines des élections législatives, les médias seraient censés jouer un rôle crucial dans le débat, or ils ne semblent pas très libres.

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Filed under armée, élections, Conseil suprême des Forces armées, liberté de la presse, torture

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