Category Archives: Conseil suprême des Forces armées

Blogueurs et journalistes égyptiens, soyez pro-Tantawi et taisez-vous!

Par Nadéra Bouazza

Alaa Abd el Fattah a écrit une nouvelle lettre, que vous pouvez lire traduite en anglais ici. Le blogueur, arrêté le 31 octobre dernier et condamné à 15 jours de détentions par les tribunaux militaires, croupit encore en prison. On l’accuse d’avoir encouragé des actes de violences lors de la marche copte du samedi 9 octobre, autrement appelé Bloody Sunday. Or les images de cette nuit meurtrière accusent l’armée et ses chars, fonçant sur les manifestants.

L’emprisonnement d’Alaa Abd el Fattah est un autre symptôme de la division grandissante entre les activistes et l’armée qui leur a semblé un temps providentielle. L’animosité réciproque grandit entre  les forces armée et les partisans de la Révolution : ces derniers considèrent de plus en plus l’armée au pouvoir comme partie intégrante du régime qu’ils ont tenté d’abattre.

En sept jours de détention, le blogueur et ses proches ont largement communiqué. Une manifestation était organisée au Caire, trois jours après son arrestation. Sur la Toile, le hashtag  #FreeAlaa permet de suivre son actualité et réclamer sa libération.

Dans cette deuxième lettre, datée du 3 novembre et publiée sur son blog le 5, Alaa évoque son transfert à la prison de Tora et les conditions difficiles de sa détention, de la promiscuité des cellules aux conséquences morales de l’enfermement. Il raconte avoir jeûné cinq jours pour éviter de se rendre aux toilettes, dont aucune porte ne fermait l’accès. «Je ne savais pas comment être un homme dans mon état, même si des milliers sont soumis à des conditions semblables ou pires. Je n’ai eu qu’un avant-goût des atrocités de la prison militaire ou des tortures affligés», raconte-t-il.

Prison ou rétractation

Les officiers insultaient tout prisonnier essayant de rentrer en contact avec le blogueur. Il quitte donc cette prison pour une cellule plus grande à Tora.

Il refuse l’offre du Conseil suprême des forces armées, sa liberté contre le silence. Il gagnait sa liberté si et seulement si il arrêtait de critiquer l’armée. Mais le blogueur ne veut pas de cette liberté au rabais : «Comment pourrais-je encore regarder mes parents en face  si j’avais accepté l’offre?» écrit-il.

Sa mère a d’ailleurs commencé une grève de la faim pour protester contre l’emprisonnement de son fils.

Depuis son arrivée au pouvoir, l’armée enferme toute personne qui ose critiquer sa légitimité et son action aux plus hautes fonctions de l’Etat égyptien. Alaa Abd el Fattah n’est qu’un exemple parmi d’autres arrestations arbitraires et de maltraitances, parfois mortelles.

Toutes les violences dans lesquelles l’armée a été impliquée sont encore en cours d’investigation, même si cela fait des mois (par exemple, 9 mars, 9 avril…) Le cas suivant est encore en cours d’examen/ d’étouffement. Dans la nuit du 27 octobre dernier, un autre événement s’est ajouté à la longue liste des méfaits de la police : un jeune Egyptien de 24 ans est mort dans un hôpital du Caire, à cause, d’après les premiers rapports et le réseau des activistes, de tortures infligées en prison par ses geôliers.  Essam Ali Atta Ali a succombé à ses blessures, d’après les rapports officiels « après avoir subi une baisse importante de la pression artérielle et une insuffisance cardiaque ».

Le muselage de la télévision égyptienne et de ses journalistes.

Les blogueurs chevelus ne sont pas les seuls à être dans la ligne de mire du Conseil suprême des forces armées. Les médias et principalement la télévision, car elle reste le média le plus influent dans la société égyptienne, subissent un diktat du pouvoir militaire.

«Moubarak est parti et rien n’a changé. J’ai des amis qui ont participé à la révolution et qui regrettent aujourd’hui. Les rues du Caire ne sont pas sûres. Le ministre de l’Intérieur ne fait rien pour assurer la sécurité et les profits reviennent directement aux militaires!», nous confie Mohammed, un jeune pharmacien égyptien en visite à Paris.

De jeunes Egyptiens manifestaient contre les tribunaux militaires, samedi dernier, à Londres, où ils résident en ce moment. Après avoir rangé les banderoles, ils parlent de la situation dans leur pays, où ils comptent bien rentrer fin novembre pour pouvoir voter.

« L’armée et le peuple avaient le même but en février, empêcher Gamal Moubarak de succéder à son père… mais maintenant, l’union est terminée, l’écart se creuse. On veut la liberté d’expression, des médias indépendants, et une justice civile, et un gouvernement civil… » « Ils ne voient pas le problème, parce qu’ils SONT le problème » « On n’était qu’une trentaine, alors qu’en février il y avait bien des milliers d’Egyptiens qui manifestaient à Londres… c’est comme là-bas, les gens n’ont pas l’énergie pour continuer à se battre… » « Et le Conseil suprême des forces armées en profite pour nous avoir… tu as vu les principes constitutionnels qu’ils voulaient faire passer ?!? »

A de nombreuses reprises au cours de l’année, les bureaux et les journalistes de différentes télévisions, Al-Jazeera notamment, mais aussi OnTV, TV25, et Al-Hurra, ont été inquiétés. Les deux derniers journalistes à avoir subi ces pressions, Yosri Fouda and Ibrahim Issa, deux figures célèbres, ont été menacés et censurés après leur couverture des manifestations coptes le 9 octobre 2011. La pression est telle que Yosri Fouda a décidé de suspendre son émission Akhir Kalam, le dernier mot. Par respect pour sa profession, il préfère se retirer que mentir.

«Ceci est ma forme d’auto-censure. J’ai le choix entre dire la vérité ou ne rien dire du tout. Cette action est un cri, poussé par amour pour mon pays et visant au bien commun»,  confie le journaliste au site Alakhbar.

A trois semaines des élections législatives, les médias seraient censés jouer un rôle crucial dans le débat, or ils ne semblent pas très libres.

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Où donc va la “transformation démocratique” égyptienne ?

Le ministre Ali El-Selmy, chargé de portefeuille du Développement politique et de la Transformation démocratique, est en train de décevoir fortement malgré son titre ronflant. Il y a deux jours, il a proposé des principes supra-constitutionnels qui donnaient des pouvoirs considérables au Conseil suprême des forces armées, et aujourd’hui, jeudi 3 novembre, il a constitué le Conseil suprême de la Presse sans beaucoup de journalistes indépendants.

Ali El-Selmy est aussi détenteur du portefeuille de l’investissement et des affaires publiques et deuxième vice-Premier Ministre. Il est au pouvoir depuis le remaniement ministériel de juillet dernier, qui avait eu lieu après d‘intenses manifestations contre l’apparente complicité du gouvernement actuel avec les criminels du régime précédent. Son travail est tout sauf  facile, mais les résultats laissent apparemment les Egyptiens dubitatifs.

Ali El Selmy, (c) Yom7 website

Principes supra-constitutionnels

La discussion sur ces principes est un serpent de mer. Aucun accord n’a été atteint depuis des mois sur un texte destiné à chapeauter la Constitution qui devra être rédigée l’année prochaine. Ces négociations entre le gouvernement et les forces politiques sont  dûes principalement à la crainte d’une Constitution rédigée par un Parlement élu majoritairement religieux, ou majoritairement composé de membres du régime précédent. De cette crainte avait surgi le mouvement pour “la Constitution d’abord” (c’est-à-dire, avant les élections, ce qui va à l’encontre du calendrier voté en mars par référendum).

Le texte proposé le mardi 1er novembre a fait bondir les nombreuses forces politiques qui devaient l’approuver. Devant l’indignation générale, le gouvernement a reculé jeudi 3 novembre et amendé deux articles.

L’article 9, selon Ahram online, indiquait que seules les forces armées ont le droit de discuter des affaires qu’elles gèrent, de leur budget et de la législation qui les touche. La modification consiste en la disparition de “seulement”.

L’article 10, qui créait un Conseil de défense nationale chargé d’assurer la protection du Président, s’est vu adjoindre une clause spécifiant qu’il supervisera le budget des forces armées.

L’article qui stipulait que le pouvoir reviendrait au Conseil des Forces armées si la Constitution n’était pas écrite en six mois, et que la Constitution devrait être soumise à l’approbation du Conseil, a été supprimé.

Un article concernant la recrutement des membres de l’Assemblée constituante a aussi été modifié, de sorte que le Premier Ministre actuel et les Forces armées y aient moins de poids, et afin que les femmes y soient plus nombreuses.

Conseil suprême de la Presse

Cela fait des mois que les manifestations réclament une presse indépendante, et un organe indépendant pour la superviser, à défaut de la suppression d’un tel organe. A chaque fois que les récits des manifestants contredisent la version officielle, et que ces récits n’apparaissent que dans les médias d’opposition, dont l’audience n’est pas énorme, ce besoin se fait sentir cruellement. Aujourd’hui, le Conseil Suprême de la Presse, créé par Moubarak, est toujours en place, et ses membres viennent seulement d’être changés… ils sont maintenant principalement les rédacteurs en chef des médias d’Etat, d’après Al Masry Al Youm. Ce conseil de la presse promet d’avoir un regard critique…

Ali El-Selmy

Le poste a ete cree en juillet pour lui. En tant qu’ancien premier ministre du cabinet fantôme du Wafd, Ali El-Selmy peut être considéré comme une figure d’opposition ou comme un homme d’ancien régime, suivant la façon dont on considère le Wafd. La réputation de ce parti s’est largement ternie à diverses occasions, par exemple lors de l’affaire du journal d’opposition Dostour, du trublion Ibrahim Eissa: le journal avait été décapité à l’automne 2010, grâce à un conseil d’administration très lié au Président du Wafd. (lire l’histoire entière ici). Plus récemment, le journal du Parti (du même nom, le Wafd) ne prenait guère le chemin du sérieux: les titres incendiaires et les rumeurs -sur les “baltageyya” pullulaient.

Le Wafd et le Tagammu, deux des plus anciens partis égyptiens, ont accepté la version tant critiquée des principes supra-constitutionnels. Ils ont en effet l’habitude d’approuver ce que fait le gouvernement de transition. Cela, plus leur grande inefficacité sous Moubarak, leur vaut une certaine méfiance et l’accusation de complicité avec les “felool” (les anciens du PND de Moubarak).

A l’issue de la réunion d’aujourd’hui, Ali El-Selmy a indiqué que les partis qui refusaient de participer aux discussions (les partis des Frères musulmans et des salafistes, principalement) avaient un comportement non démocratique. Il a également indiqué que tous ceux qui l’accusaient injustement seraient poursuivis.

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“Par demande populaire” maréchal Tantawi Président!

Des affiches au Caire et à Alexandrie soutiennent le maréchal Tantawi, et lancent d’ores et déjà la campagne présidentielle. Le maréchal ayant affirmé qu’il ne comptait pas se présenter, il s’agit effectivement d’initiatives individuelles.

La date des élections présidentielles a beau rester très floue (mars, avril, mai 2012), et Tantawi a beau avoir récemment affirmé qu’il ne briguerait pas la présidence, des affiches à son effigie sont quand même apparues. Le maréchal des armées Tantawi est le chef du Conseil suprême des forces armées, autrement dit le chef du Conseil militaire qui gouverne l’Egypte pour la période de transition.

Le Conseil suprême des forces armées a très mauvaise presse auprès des Egyptiens qui suivent de près la politique. En effet, sa gestion de la période de transition laisse à désirer. Son rôle est normalement de protéger la population. Or la population a plutôt à se plaindre du Conseil, que ce soit à cause de ses actions ou de son inaction.

Les activistes arrêtés pendant des manifestations qui s’échauffent un peu, ou parce qu’ils ont critiqué l’armée, ont toujours le privilège d’être jugés devant des tribunaux militaires. La loi d’état d’urgence est en effet toujours en place.

Le pouvoir devrait bientôt revenir au Parlement élu, qui sera lui-même l’auteur de la prochaine Constitution, laquelle définira la nature du régime à venir (parlementaire, présidentiel, etc) et permettra aux élections parlementaires d’avoir lieu. Certains s’inquiètent d’une prolongation de la période de transition: la Constitution ne sera pas rapide à écrire et les élections présidentielles auront peut-être lieu très tard. En attendant, l’exécutif resterait entre les mains du Conseil suprême des forces armées (et du gouvernement de transition, certes).

Lorsque des Coptes ont été attaqués, pour diverses raisons et à divers endroits au cours de l’année, l’armée n’a réagi que faiblement et n’a pas empêché le bilan d’être funèbre. Le Conseil argue du fait que ses moyens sont limités et que l’armée ne peut pas être partout. Enfin, lors de la manifestation pour les droits des Coptes le 9 octobre, les forces de l’armée, de la police et/ou de la Sécurité centrale ont attaqué les manifestants et ont fait plus de 25 morts.

Plus tôt dans l’année, l’armée avait déjà fait preuve de violence en dispersant les manifestations, notamment celle des officiers du 9 avril. A chaque fois, évidemment, elle nie toute implication et rejette la faute sur une tierce partie., des étrangers ou des suppôts de l’ancien régime.

Les taux de crime ont paraît-il augmenté, parce que la police ne fait pas plus son travail qu’avant, voire moins, et les voleurs s’enhardissent, tandis que les criminels libérés pendant la Révolution ne sont pas tous retournés derrière les barreaux. La police militaire est débordée ou négligente.

Ajoutons à cela les multiples demandes de la Révolution qui n’ont jamais été entendues, et qui ne peuvent peut-être pas l’être tant qu’un gouvernement élu n’est pas en place : réforme des ministères, de l’éducation, plus de justice sociale par l’intermédiaire d’aides, de redistribution, d’augmentation des salaires, d’embauches, etc.

On comprend que la cote de popularité du Maréchal ne soit pas au zénith.

Pourtant, il est vraisemblable qu’il jouit d’un certain soutien, ne serait-ce que parce que beaucoup ne suivent pas attentivement la politique ou se contentent des informations des chaînes télévisées d’Etat, qui font sensiblement preuve de la même allégeance au pouvoir en place et à l’armée que pendant les décennies précédentes.

Popular demand for Stability (in red); above: Popular campaign for the Marshal as President; Demande populaire de stabilité (en rouge); Campaigne populaire pour la candidature du Maréchal comme président

Début octobre, le Maréchal s’était promené en habits civils dans le centre du Caire, montrant benoîtement sa capacité à endosser un autre costume… Un tollé avait fait écho à cette initiative pour le moins osée, et commentée avec bienveillance par les chaînes de télévision d’Etat. Le Maréchal avait alors affirmé qu’il n’avait pas l’intention de se présenter comme candidat. Le Conseil suprême des Forces armées assure régulièrement que l’armée est mal à l’aise avec son rôle politique et souhaite rendre le pouvoir aux civils au plus vite, même si beaucoup d’activistes ont des doutes à ce sujet.

Certes, le maréchal est un ancien homme de confiance de Moubarak et bénéficie de la sympathie populaire qui va généralement à l’armée. Mais il est réellement vieux et malade, et l’échelle de la campagne n’est pas (encore) impressionnante. Cette initiative est curieuse mais ne semble pas augurer du futur de l’Egypte.

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L’armée a-t-elle trahi la révolution?

Par Nadéra Bouazza (contributrice)

Plus de sept mois après le départ d’Hosni Moubarak, le pouvoir militaire serre la vis.

«L’armée et le peuple, une seule main», scandaient les Egyptiens pendant les 18 jours de soulèvements qui ont conduit au départ du pharaon Moubarak. Sept mois après, l’enthousiasme est moins grand. Vu comme une force conservatrice et contre-révolutionnaire, l’armée essuie de vives critiques, notamment son chef, le maréchal (“mushir”) Mohammed Hussein Tantaoui.

lire la suite sur slate.fr

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A qui profite le crime ?

Que l’armée ait eu intérêt à susciter ces violences est assez invraisemblable. Il serait bien plus logique qu’elle cherche à profiter de la confiance du public  pour conserver sa position et ses privilèges de garant de la nation. Pourquoi, en effet, souhaiterait-elle montrer au peuple qu’elle ne le défend pas, mais l’attaque ? Pourtant, cette question n’est valable que si, réellement, la majorité des Egyptiens se met à accuser l’armée d’avoir attaqué les Coptes, ce qui n’est peut-être pas être le cas. Ce qui n’empêche pas les tensions interreligieuses d’exister, malheureusement.

L’armée dispose d’un énorme capital de confiance et de vénération de la part du peuple égyptien, pour plusieurs raisons. Les guerres ont soudé le pays autour de l’armée. La propagande officielle n’a jamais été avare de l’image du soldat sauvant la nation, de défilés, de glorification de la guerre d’octobre –certainement parce que le pouvoir était détenu/ est détenu/ par des militaires. Enfin, pendant le soulèvement de janvier/ février, l’armée a soutenu la révolution, en ne l’attaquant pas, et en conseillant à Moubarak de partir.

Pourquoi certains activistes pensent-ils à une manipulation de l’armée?

La thèse de l’armée cherchant à susciter la violence et le chaos repose sur l’idée toute simple que l’armée et la police spéciale resteront au pouvoir tant que la loi d’état d’urgence restera en place, et que cette loi restera tant que la situation paraîtra dangereuse. C’est cette idée qui est principalement mise en avant par les activistes hostiles au régime militaire.

L’état d’urgence était censé disparaitre le 30 septembre dernier. Mais les événements d’août à l’ambassade israélienne (prise par des manifestants qui n’ont pas eu grande difficulté pour ce faire – certes il y a eu des arrestations après coup) ont permis de renouveler l’état d’urgence sans évoquer de fin.

Implication des anciens du régime Moubarak ?

On a une autre hypothèse, la thèse des foloul, c’est-à-dire des « restes » du régime de Moubarak. C’est une explication donnée par les média officiels, et par les Frères musulmans.

En cherchant à diviser le peuple et l’armée, ils discréditeraient la Révolution et regagneraient leur capital sympathie.

Cela dit, comment peuvent-ils espérer revenir? Les anciens candidats du PND (Parti National Démocratique, parti de Moubarak, dissous) n’auront même pas le droit de se présenter aux prochaines élections… Du moins c’est ce qui ressortait de l’amendement voté cette semaine, après beaucoup d’agitation, qui interdisait aux indépendants de se présenter, en établissant un scrutin seulement de liste : et tous ces candidats se seraient présentés comme indépendants, n’ayant pas encore reformé de grand parti.

Cependant, l’ouverture des inscriptions aux candidats aux élections législatives, ce mercredi, a vu des anciens membres du PND réussir à s’inscrire. Un magnat de la santé, nommé secrétaire général du PND dans les derniers jours du régime Moubarak parce qu’il était considéré comme un progressiste, Hossam Badrawi, avait déjà le 20 septembre fait reconnaître officiellement son parti (Ittihad- Unité).

Il faut aussi évoquer la thèse d’un complot de l’étranger concoté par, au hasard, et pêle-mêle: Etats-Unis, Iran, Israël, Arabie saoudite, etc. pour déstabiliser l’Egypte.

De vraies tensions interreligieuses

Il est néanmoins indéniable que la tension croît entre musulmans et chrétiens dans les quartiers/villages pauvres et peu éduqués. Il n’est même pas besoin d’aller jusqu’au risque de guerre civile évoquée par les adeptes des théories du complot,à savoir que les anti-coptes sont des salafistes manipulés par l’Arabie saoudite et que les Coptes violents cherchent à faire envahir l’Egypte par des puissances étrangères pour les protéger. L’égalité des chances est loin d’être respectée partout. Les brimades et les insultes envers les chrétiens sont monnaie courante dans certains endroits.  Il est vrai que les attaques envers les Coptes ne sont pas restées verbales. Des Coptes ont été tués parce que Coptes, sous Moubarak et depuis la Révolution. La construction ou la rénovation d’églises, dans le Sud de l’Egypte et dans les quartiers pauvres, reste une source de tensions: elle doit être autorisée par les les autorités locales, qui bien souvent refusent, de crainte d’irriter la population, ou, comme on l’a vu à Marynab, même avec autorisation, la population peut s’enflammer. Les rumeurs de complot, de Coptes retenant des chrétiennes converties à l’islam prisonnières dans des églises circulent aussi.  Il est vrai aussi que certains jeunes Coptes se sont radicalisés. La crispation de certains membres de la communauté musulmane est peut-être à mettre sur le compte d’une radicalisation  de l’islam de ceux qui regardent vers le Golfe, soit parce qu’ils en reviennent (ayant émigré à cause du chômage en Egypte), soit par effet de mode; ou encore sur le processus classique du bouc émissaire (la situation économique n’étant pas brillante pour une grande partie de la population, pourquoi ne pas blâmer la minorité); ou encore sur la participation active de la propagande d’Etat hier, et peut-être encore aujourd’hui, prompte à donner de l’importance à des affrontements interreligieux pour détourner l’opinion de l’absence de liberté politique.

Lorsque les Coptes ont protesté cette semaine, certes des musulmans les ont accompagnés,, certes tous ont pleuré pour les morts,  certes des salafistes ont ensuite cherché à aider et ont partagé la peine des chrétiens, mais lorsque les marches, avant l’épisode tragique, ont traversé le Caire, la sympathie manquait: c’était une manifestation de plus, qui perturbe le traffic, et pour des revendications qui ne concernent même pas 10% de la population…

Aujourd’hui, la plupart des Egyptiens ont-ils perdu confiance en l’armée?

La question est débattue. On s’échange des anecdotes « mon chauffeur de taxi disait que », « mon neveu a entendu des enfants lui dire que »… A moins d’aller interroger tous les Egyptiens pour savoir ce qu’ils pensent, on ne saura pas ce qu’il en est. Un article d’AlMasry AlYoum pense que les Egyptiens font toujours confiance à l’armée. En tout cas, pour le moment, pas de deuxième 25 janvier en vue. Evidemment, décider de s’en prendre à l’armée n’est pas la perspective la plus réjouissante qui soit pour les manifestants pacifistes de janvier, surtout quand on a à l’esprit ce qui se passe en Libye, en Syrie ou dans le Golfe.

Un mystère reste la raison pour laquelle les Egyptiens ne sont pas plus nombreux à réaliser qu’ils sont manipulés par la télévision d’Etat et qu’ils pourraient regarder autre chose (beaucoup n’aiment pas ONTV parce que c’est Sawiris -copte- qui l’a fondée, et qu’il a souvent eu des propos malheureux sur les musulmans, mais il y en a d’autres: Al Jazeera, Al Hurra, TV25 ….). Certes ces chaînes sont privées mais les paraboles fleurissent partout, au moins dans les villes.

La vidéo suivante est le programme de 5 heures du mardi 12, d’une chaine de télévision égyptienne, Al Masriya: on interviewe divers passants sur ce qui s’est passé a Maspero. Tous indiquent croire a la culpabilité d’agresseurs “étrangers”, “venus de l’extérieur”. Ils répètent que les Musulmans et les Chrétiens sont “une seule main”.

L’armée proteste de son innocence

Dans une conférence de presse, mercredi 12 octobre, le Conseil suprême des forces armées laisse entendre que les manifestants coptes avaient l’intention de faire dégénérer l’événement, et affirment que l’armée n’a pas pu tirer sur les manifestants à balles réelles, et que des soldats ont bien été tués, contrairement au démenti apporté hier. Néanmoins, les funérailles de ces soldats sont secrètes et leurs noms ne seront pas dévoilés, “pour ne pas briser le moral de l’armée”…

Que l’armée ait initié ou non les attaques meurtrières n’est au fond que secondaire : n’aurait-elle pas pu protéger les manifestants, si elle n’était pas son assaillant ?

Il est possible que, les victimes étant Coptes, les soldats se soient dit que ce n’était pas bien grave, habitués qu’ils sont au discours sur les violences interconfessionnelles manipulées de l’étranger.

En outre, les manifestants coptes avaient fortement chatouillé le sentiment corporatiste des soldats les jours et les mois précédents : ils avaient déposé une plainte contre l’armée pour le passage à tabac qui a eu lieu quelques jours plus tôt, et cela faisait des mois qu’ils disaient à bas le moushir… Lors des funérailles des morts de Maspero, lundi soir, la foule (majoritairement des Coptes, mais beaucoup de musulmans) scandait aussi « A bas le Maréchal ! A bas Tantawi ! ».

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Quelles mesures sensées le gouvernement a-t-il prises ?

Après les affrontements du dimanche 9 octobre entre l’armée, des civils armés et des Coptes, la question de la discrimination et de la violence pour motif religieux revient sur le devant de la scène.

Dès lundi, le gouvernement voit dans les récents événements le résultat d’un complot et annonce, après une réunion, (transcript officiel) qu’une enquête sera ouverte et les responsables punis (qu’ils soient des salafistes, des hommes de main payés par des dignitaires du régime déchu, ou qui que ce soit d’autre).

Une enquête est aussi ouverte pour découvrir les responsables des troubles à Marynab.

Une commission est mise au place pour aider au dialogue intercommunautaire.

Une loi qui doit être votée de manière imminente depuis cinq ans est remise à l’ordre du jour. Il s’agit de la « légalisation des lieux de culte illégaux ». Cette loi a déjà été plusieurs fois sur le point d’être votée depuis la démission de Moubarak.

 

Enfin, un nouvel article est envisagé pour le Code Pénal, une « loi d’égalité » : il s’agit d’interdire plus sévèrement la discrimination basée sur le genre, la race, la langue ou la religion. Les peines peuvent aller jusqu’à une peine de prison ou une amende de 30 ou 50 000 livres égyptiennes. Cet article attendait l’approbation du Conseil suprême des forces armées depuis déjà deux mois.

Mardi, le Ministre de l’économie, Hazem alBeblawi, annonce sa démission. Il a, dit-il, les mains liées dans son Ministère, et ne put faire aucune réforme économique, et celles qui sont passées ne lui plaisent pas, et le traitement de la manifestation des Coptes ne lui donne pas envie de continuer avec ce gouvernement. Mais après un entretien d’une demi-heure avec le Maréchal Tantawy, chef du Conseil suprême des forces armées, il reprend sa démission. Des rumeurs de démission du gouvernement ont circulé aussi.
Ce n’est pas la première fois que les ministres semblent débordés par les catastrophes de la rue, par le traitement de la situation par l’armée, et  par la couverture médiatique desdits événements. Comme à chaque fois, le Conseil suprême des forces armées leur conseille gentiment de prendre sur eux.

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Egypte : des manifestants Coptes massacrés

Dimanche dernier, au Caire, des « éléments non identifiés », selon toute vraisemblance les « forces de l’ordre » et des hommes en civil mais armés, ont fait plus d’une trentaine de morts et de deux cent blessés en dispersant une manifestation pour les droits des Coptes.

La marche « de la colère » est partie d’un quartier du Caire majoritairement copte ( à Shubra) pour atteindre « Maspero », le bâtiment de la radio et de la télévision d’Etat. Les protestataires étaient principalement Coptes.

Deux heures environ après le début de la marche, vers six heures, les manifestants subissent des jets de pierres. Ils s’arrêtent, certains répondent, puis après quelque temps, le mouvement reprend. Lorsque la marche, de plusieurs milliers de personnes, principalement des Coptes, arrive à Maspero, elle est accueillie par des tirs à balles réelles. Des véhicules de l’armée foncent sur la foule et écrasent de nombreuses personnes.

Certains des manifestants répondent par des jets de pierre, affrontent les forces de l’ordre, c’est-à-dire la police militaire et la police anti-émeute, et brûlent au moins un  de leurs véhicules. Les affrontements continuent quelques heures, des « civils » caillassent les manifestants, certains restent pour répliquer, d’autres s’enfuient vers la petite place adjacente, Abedl Moniem Reyad, d’autres carrément vers la place Tahrir (qui est à à peine 15 mn de marche), et les affrontements se déplacent apr là aussi, certains passants se retrouvant attaqués avec des bâtons ou des pierres, aux cris de « il est copte », sous le regard indifférent de l’armée.

Il faut dire qu’à ce moment-là, la version officielle, propagée par les télé d’Etat, est que les Coptes ont attaqué les soldats et fait au moins trois morts et vingt blessés.

Encore une « bavure » de l’armée et des forces de sécurité

Après le soulèvement de janvier/février et la démission de Moubarak, les manifestations se sont multipliées dans toute l’Egypte. Les Egyptiens n’ont plus peur de descendre dans la rue.

Pourtant, les morts de ce dimanche interviennent juste quelques jours après que la précédente manifestation copte a été accueillie avec violence (Dans cette vidéo, on voit des policiers de l’armée frapper violemment et longuement un homme à terre, malgré les protestations d’un officier).

La communauté copte a déposé une plainte contre le chef de la police militaire.

Bien plus tôt dans l’année déjà, le 9 mars dans l’après-midi, l’armée et des « baltageya » (voyous armés) avaient déjà dispersé violemment la « deuxième occupation de la place Tahrir » : tous les soirs, malgré le couvre-feu, ils venaient protester contre la lenteur des changements après la Révolution.

Le 9 avril dans la nuit, l’armée et des baltagya mettent brutalement fin à la manifestation du vendredi, en faisant deux morts, manifestation exceptionnelle car elle avait vu arriver à la fin de la journée quelques soldats qui voulaient dénoncer la mainmise de l’armée sur l’Etat et l’organisation interne de l’armée, autocratique, corrompue, sclérosée.

Le 14 avril, après les violences (presque une quinzaine de morts) ayant frappé la communauté copte dans des quartiers pauvres du Caire (Moqattam et Sayyeda Aïcha), violences faisant elles-mêmes suite à une histoire d’amour interconfessionnelle contrariée et responsable de deux morts, les Coptes qui manifestaient depuis plusieurs semaines devant Maspero ont été violemment attaquées par les forces de l’ordre et/ou des baltageyya, et il y eut de très nombreux blessés.

Les raisons de la colère

La manifestation était suscitée par les événements récents, c’est-à-dire l’attaque d’une église en Haute-Egypte dans la région d’Assouan, l’indifférence des pouvoirs publics, puis la violence avec laquelle avait été dispersée quelques jours plus tôt la manifestation copte précédente.

L’église de Marynab a été brûlée la semaine dernière, parce que les Coptes qui l’utilisent depuis les années 1980 voulaient la rénover, et que les autres habitants du village en ont pris ombrage.

Les manifestants demandaient aussi l’égalité effective pour les Coptes (par exemple dans l’administration) et le droit de construire ou rénover des églises facilement, et la démission du gouverneur d’Assouan qui avait plus tôt conseillé aux Coptes de ne pas jeter de l’huile sur le feu.

Les Coptes ont, depuis février, souvent fait des manifestations devant les fenêtres du Maspero, pour exprimer leur agacement de ne pas entendre leurs demandes relayées par les médias officiels.

Les Coptes chantaient aussi des slogans contre le régime militaire, ce qui n’a sans doute rien fait pour leur attirer la sympathie des forces de l’ordre,  réclamant la démission du Conseil suprême des forces armées et du Maréchal qui le dirige, Tantawy. Cette opinion n’est pas nouvelle, dans leurs manifestations du printemps à Maspero, ces slogans étaient déjà présents. Cette insatisfaction vient du sentiment de vulnérabilité des Coptes, car l’armée ne les défendait pas quand des membres de leur communauté étaient attaqués.  Des églises avaient déjà été attaquées, ainsi qu’un sit-in à Maspero, et plus d’une dizaine de morts étaient à déplorer. L’armée et la police militaire assument en effet le maintien de l’ordre depuis la Révolution, en coopération parfois avec la police ou la police anti-émeute. Maintenant, il ne s’agit plus de l’indifférence de l’armée, mais de son hostilité. Même si, évidemment, elle rejette toute responsabilité dans la mort des manifestants.

Témoignages en anglais :

Sarah Carr

Hani Bushra

Sharif Abdel Kouddous

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