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Les expats égyptiens ont enfin le droit de vote

Par Nadéra Bouazza

Les Tunisiens de l’étranger ont voté et ont ainsi fait l’expérience de leur citoyenneté tunisienne. Une première pour certains! Ces images de files d’attente devant les ambassades et les consulats ont donné des idées au gouvernement égyptien, qui a décidé, le 25 octobre, d’octroyer le droit de vote à ses ressortissants. Ils sont entre 7 et 10 millions et se répartissent principalement entre les pays du Golfe, l’Europe et les Etats-Unis.

Un geste fort quand on sait la méfiance qu’inspire la transition politique menée par le Conseil suprême des  forces armées. A l’aube des élections législatives prévues le 28 novembre prochain,  chacun y va de son pronostic. Et beaucoup voient dans le parti des Frères musulman, le parti de la liberté et la justice, le vainqueur des prochaines échéances électorales. Les présidentielles ne semblent pas encore à l’ordre du jour de l’exécutif actuel.

Ce droit de vote, c’est une victoire pour les Egyptiens expatriés qui appellent à une telle décision depuis fort longtemps, rappelle le quotidien égyptien AhramOnline.

Raafat Roheim, un blogueur égyptien très actif et expatrié à New-York, luttait depuis des années pour l’obtention de ce droit. Mais avant le 25 janvier 2011, le jour de la colère qui a introduit les 18 jours de contestations, cette revendication ne perçait pas. Après le 25 janvier et la chute d’Hosni Moubarak, les horizons s’ouvrent et le politique devient un peu plus l’affaire des Egyptiens et pas seulement d’apparatchiks, proches de la famille Moubarak.

«En mai 2011 dans la presse égyptienne  certaines sources militaires avaient affirmé que les Égyptiens à l’étranger ne seraient pas autorisés à voter, car ils pourraient vendre leurs votes. Cette déclaration nous a mis  en colère et nous avons commencé à réagir et à en parler sur le réseau social Twitter, en utilisant le compte @EgyAbroad», explique  Roheim  sur le quotidien en ligne al Ahram.

En Europe, dès janvier dernier, des Egyptiens ont commencé à se rendre dans leurs ambassades, que certains avaient désertées pendant de longues années. Mais le quotidien relève que la participation des Egyptiens dans le Golfe sera certainement moins forte, non pas par manque d’intérêts, mais par respects  des lois en vigueur dans ces pays, qui interdisent toute activité politique.

« Les Egyptiens ne souhaitent pas avoir de problèmes qui pourraient menacer leurs emplois…»  confie Hany Shehata, un  ingénieur égyptien au Koweit.

On ne sait toujours pas si la loi va s’appliquer dès les prochaines élections législatives. Le gouvernement a promis que ce serait le cas, dans un communiqué du 25 octobre (publication du 25 à 20h46 sur la page facebook du gouvernement, et traduction en anglais le 26 sur cette page (point trois). Mais le Ministre des Affaires étrangères a démenti quelques jours plus tard, arguant du fait qu’il ne  restait pas assez de temps avant les élections pour enregistrer tous les Egyptiens vivant à l’étranger.

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A qui profite le crime ?

Que l’armée ait eu intérêt à susciter ces violences est assez invraisemblable. Il serait bien plus logique qu’elle cherche à profiter de la confiance du public  pour conserver sa position et ses privilèges de garant de la nation. Pourquoi, en effet, souhaiterait-elle montrer au peuple qu’elle ne le défend pas, mais l’attaque ? Pourtant, cette question n’est valable que si, réellement, la majorité des Egyptiens se met à accuser l’armée d’avoir attaqué les Coptes, ce qui n’est peut-être pas être le cas. Ce qui n’empêche pas les tensions interreligieuses d’exister, malheureusement.

L’armée dispose d’un énorme capital de confiance et de vénération de la part du peuple égyptien, pour plusieurs raisons. Les guerres ont soudé le pays autour de l’armée. La propagande officielle n’a jamais été avare de l’image du soldat sauvant la nation, de défilés, de glorification de la guerre d’octobre –certainement parce que le pouvoir était détenu/ est détenu/ par des militaires. Enfin, pendant le soulèvement de janvier/ février, l’armée a soutenu la révolution, en ne l’attaquant pas, et en conseillant à Moubarak de partir.

Pourquoi certains activistes pensent-ils à une manipulation de l’armée?

La thèse de l’armée cherchant à susciter la violence et le chaos repose sur l’idée toute simple que l’armée et la police spéciale resteront au pouvoir tant que la loi d’état d’urgence restera en place, et que cette loi restera tant que la situation paraîtra dangereuse. C’est cette idée qui est principalement mise en avant par les activistes hostiles au régime militaire.

L’état d’urgence était censé disparaitre le 30 septembre dernier. Mais les événements d’août à l’ambassade israélienne (prise par des manifestants qui n’ont pas eu grande difficulté pour ce faire – certes il y a eu des arrestations après coup) ont permis de renouveler l’état d’urgence sans évoquer de fin.

Implication des anciens du régime Moubarak ?

On a une autre hypothèse, la thèse des foloul, c’est-à-dire des « restes » du régime de Moubarak. C’est une explication donnée par les média officiels, et par les Frères musulmans.

En cherchant à diviser le peuple et l’armée, ils discréditeraient la Révolution et regagneraient leur capital sympathie.

Cela dit, comment peuvent-ils espérer revenir? Les anciens candidats du PND (Parti National Démocratique, parti de Moubarak, dissous) n’auront même pas le droit de se présenter aux prochaines élections… Du moins c’est ce qui ressortait de l’amendement voté cette semaine, après beaucoup d’agitation, qui interdisait aux indépendants de se présenter, en établissant un scrutin seulement de liste : et tous ces candidats se seraient présentés comme indépendants, n’ayant pas encore reformé de grand parti.

Cependant, l’ouverture des inscriptions aux candidats aux élections législatives, ce mercredi, a vu des anciens membres du PND réussir à s’inscrire. Un magnat de la santé, nommé secrétaire général du PND dans les derniers jours du régime Moubarak parce qu’il était considéré comme un progressiste, Hossam Badrawi, avait déjà le 20 septembre fait reconnaître officiellement son parti (Ittihad- Unité).

Il faut aussi évoquer la thèse d’un complot de l’étranger concoté par, au hasard, et pêle-mêle: Etats-Unis, Iran, Israël, Arabie saoudite, etc. pour déstabiliser l’Egypte.

De vraies tensions interreligieuses

Il est néanmoins indéniable que la tension croît entre musulmans et chrétiens dans les quartiers/villages pauvres et peu éduqués. Il n’est même pas besoin d’aller jusqu’au risque de guerre civile évoquée par les adeptes des théories du complot,à savoir que les anti-coptes sont des salafistes manipulés par l’Arabie saoudite et que les Coptes violents cherchent à faire envahir l’Egypte par des puissances étrangères pour les protéger. L’égalité des chances est loin d’être respectée partout. Les brimades et les insultes envers les chrétiens sont monnaie courante dans certains endroits.  Il est vrai que les attaques envers les Coptes ne sont pas restées verbales. Des Coptes ont été tués parce que Coptes, sous Moubarak et depuis la Révolution. La construction ou la rénovation d’églises, dans le Sud de l’Egypte et dans les quartiers pauvres, reste une source de tensions: elle doit être autorisée par les les autorités locales, qui bien souvent refusent, de crainte d’irriter la population, ou, comme on l’a vu à Marynab, même avec autorisation, la population peut s’enflammer. Les rumeurs de complot, de Coptes retenant des chrétiennes converties à l’islam prisonnières dans des églises circulent aussi.  Il est vrai aussi que certains jeunes Coptes se sont radicalisés. La crispation de certains membres de la communauté musulmane est peut-être à mettre sur le compte d’une radicalisation  de l’islam de ceux qui regardent vers le Golfe, soit parce qu’ils en reviennent (ayant émigré à cause du chômage en Egypte), soit par effet de mode; ou encore sur le processus classique du bouc émissaire (la situation économique n’étant pas brillante pour une grande partie de la population, pourquoi ne pas blâmer la minorité); ou encore sur la participation active de la propagande d’Etat hier, et peut-être encore aujourd’hui, prompte à donner de l’importance à des affrontements interreligieux pour détourner l’opinion de l’absence de liberté politique.

Lorsque les Coptes ont protesté cette semaine, certes des musulmans les ont accompagnés,, certes tous ont pleuré pour les morts,  certes des salafistes ont ensuite cherché à aider et ont partagé la peine des chrétiens, mais lorsque les marches, avant l’épisode tragique, ont traversé le Caire, la sympathie manquait: c’était une manifestation de plus, qui perturbe le traffic, et pour des revendications qui ne concernent même pas 10% de la population…

Aujourd’hui, la plupart des Egyptiens ont-ils perdu confiance en l’armée?

La question est débattue. On s’échange des anecdotes « mon chauffeur de taxi disait que », « mon neveu a entendu des enfants lui dire que »… A moins d’aller interroger tous les Egyptiens pour savoir ce qu’ils pensent, on ne saura pas ce qu’il en est. Un article d’AlMasry AlYoum pense que les Egyptiens font toujours confiance à l’armée. En tout cas, pour le moment, pas de deuxième 25 janvier en vue. Evidemment, décider de s’en prendre à l’armée n’est pas la perspective la plus réjouissante qui soit pour les manifestants pacifistes de janvier, surtout quand on a à l’esprit ce qui se passe en Libye, en Syrie ou dans le Golfe.

Un mystère reste la raison pour laquelle les Egyptiens ne sont pas plus nombreux à réaliser qu’ils sont manipulés par la télévision d’Etat et qu’ils pourraient regarder autre chose (beaucoup n’aiment pas ONTV parce que c’est Sawiris -copte- qui l’a fondée, et qu’il a souvent eu des propos malheureux sur les musulmans, mais il y en a d’autres: Al Jazeera, Al Hurra, TV25 ….). Certes ces chaînes sont privées mais les paraboles fleurissent partout, au moins dans les villes.

La vidéo suivante est le programme de 5 heures du mardi 12, d’une chaine de télévision égyptienne, Al Masriya: on interviewe divers passants sur ce qui s’est passé a Maspero. Tous indiquent croire a la culpabilité d’agresseurs “étrangers”, “venus de l’extérieur”. Ils répètent que les Musulmans et les Chrétiens sont “une seule main”.

L’armée proteste de son innocence

Dans une conférence de presse, mercredi 12 octobre, le Conseil suprême des forces armées laisse entendre que les manifestants coptes avaient l’intention de faire dégénérer l’événement, et affirment que l’armée n’a pas pu tirer sur les manifestants à balles réelles, et que des soldats ont bien été tués, contrairement au démenti apporté hier. Néanmoins, les funérailles de ces soldats sont secrètes et leurs noms ne seront pas dévoilés, “pour ne pas briser le moral de l’armée”…

Que l’armée ait initié ou non les attaques meurtrières n’est au fond que secondaire : n’aurait-elle pas pu protéger les manifestants, si elle n’était pas son assaillant ?

Il est possible que, les victimes étant Coptes, les soldats se soient dit que ce n’était pas bien grave, habitués qu’ils sont au discours sur les violences interconfessionnelles manipulées de l’étranger.

En outre, les manifestants coptes avaient fortement chatouillé le sentiment corporatiste des soldats les jours et les mois précédents : ils avaient déposé une plainte contre l’armée pour le passage à tabac qui a eu lieu quelques jours plus tôt, et cela faisait des mois qu’ils disaient à bas le moushir… Lors des funérailles des morts de Maspero, lundi soir, la foule (majoritairement des Coptes, mais beaucoup de musulmans) scandait aussi « A bas le Maréchal ! A bas Tantawi ! ».

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Pourquoi les élections législatives ont-elles été repoussées ? ou Qui a peur des Frères musulmans?

Elles étaient censées avoir lieu en septembre. Ce ne sera pas le cas, a annoncé le Conseil suprême des Forces armées. Elles auront lieu vraisemblablement en novembre.

Le report des élections législatives a été annoncé pour satisfaire une partie de l’opinion. En effet, depuis l’approbation massive du replatrâge de la Constitution lors du référendum d’avril, certains protestent et réclament une Constitution avant les élections, ou au moins le report des élections. Ce sont des activistes qui étaient opposés à ce vote d’avril parce qu’ils voulaient une Constitution minimaliste mais démocratique, et tout de suite, et des libéraux, c’est-à-dire, dans le lexique de la vie politique égyptienne, des sécularistes militants. Bien sûr, on rétorquait à ceux qui voulaient quand même une commission pour rédiger rapidement une Constitution démocratique, qu’ils n’étaient eux-mêmes pas très au fait des us de la démocratie, puisqu’ils ne respectaient pas la volonté populaire qui avait donné son aval aux modifications de la Constitution.

Pour la manifestation et le sit-in à durée indéterminée du 8 juillet, l’un des mots d’ordre envisagés était d’ailleurs : « la Constitution d’abord ! ». Le plus fédérateur a finalement été : second vendredi de la colère. En effet, ce grand intérêt pour la Constitution ne vient que d’une partie de la population, beaucoup s’intéressent à des questions plus terre-à-terre.

Les échéances sont donc repoussées, mais leur ordre est maintenu : d’abord les élections, et ensuite la Constitution.

Mais pourquoi certains voulaient-ils « la Constitution d’abord ! » ?

Tout simplement parce qu’ils craignaient que les Frères musulmans ne soient les principaux rédacteurs de cette Constitution et ne fassent de l’Egypte un Etat islamique. Certes, diverses figures parmi les Frères musulmans ont voulu dissiper cette inquiétude, mais en vain.

Théoriquement, la Constitution qui fait de l’Egypte un régime militaire et présidentiel à l’excès avait été abrogée à la chute de Moubarak. Mais les amendements d’avril, concernant et libéralisant les conditions pour se présenter aux élections présidentielles, et limitant les pouvoirs de l’exécutif, l’ont de fait réactivée !

D’après les amendements d’avril aussi, néanmoins, le prochain Parlement élu a l’obligation de rédiger une Constitution.

Sa composition est donc primordiale puisque c’est elle qui déterminera les orientations de la Constitution. Or, vu l’état de la scène politique dans les campagnes à la chute de Moubarak, le parti qui apparaît comme pouvant mobiliser le plus de sympathisants dans toute l’Egypte paraît bien être les Frères musulmans. Depuis quelques mois, on assiste bien à une floraison de nouveaux partis, dont certains ont vraiment des moyens, comme El-Adl (la justice), ou bénéficient du soutien de militants motivés, comme les socialistes, mais il leur faut encore du temps pour se préparer.

Jusqu’à présent, certains partis et mouvements, comme l’Association nationale pour le Changement, d’El-Baradei, ont rendu publics leurs principes ou manifestes constitutionnels. Le mouvement du 6 avril débute une campagne de sensibilisation et de réflexion (page facebook).

Et récemment, le 7 juillet, juste avant la grande manifestation du vendredi, dans un timing conforme à ses habitudes (une concession la veille pour dégonfler la mobilisation), le Conseil suprême des forces armées a ré-affirmé qu’une nouvelle déclaration constitutionnelle, avant toute chose et pour dissiper les inquiétudes, serait édictée, qui déterminera les principes de la Constitution à venir.

Cependant, un Conseil national est déjà chargé de rédiger ces principes constitutionnels et a émis plusieurs recommandations, la dernière datant du 2 juillet ! Ce Conseil est composé de juristes et d’activistes.

Le texte demande un Etat civil et moderne, qui garantisse la liberté, la justice sociale et la dignité humaine.

L’article 2 est conservé. Il spécifie que la loi trouve sa source principale dans la sharia et que l’Islam est la religion de l’Etat. C’est un article qui pose problème mais que personne n’envisage de modifier, tellement les résistances seraient violentes et les dissensions fraternelles. Néanmoins le texte précisait que le gouvernement ne pouvait pas imposer de décrets religieux au peuple.

Enfin l’armée restait le protecteur de l’Etat, mais avec une obligation de consultation constante de la Cour suprême constitutionnelle.

La dernière déclaration des Frères musulmans ne fait rien pour arranger les choses: ils protestent contre l’idée d’un comité travaillant à la Constitution avant les travaux de l’Assemblée constituante proprement dite: mettre en place des principes qu’aucune Constitution ne pourrait modifier serait anti-démocratique. Ils appellent donc à une grande manifestation le 29 juillet, pour protester contre les protestataires! Selon eux, il y a en ce moment en Egypte une “minorité” qui dédaigne les intérêts de la majorité silencieuse…

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Elections du 27 novembre en Egypte ou Pourquoi les Egyptiens iront à la pêche dimanche

Le 27 novembre 2010 et comme tous les cinq ans, les Egyptiens sont appelés à élire leur Parlement. Malgré la proximité des présidentielles (prévues en 2011) et l’habituelle répression des mouvements de contestation et des activistes (surtout des Frères musulmans), la population égyptienne semble se désintéresser du scrutin de dimanche. Le dimanche étant le premier jour de la semaine en Egypte, le 27 risque d’être simplement un lundi comme les autres pour une grande partie des Egyptiens.

  • Pourquoi ces élections auraient pu enflammer les foules

L’élection présidentielle aura lieu l’année prochaine, et il est fort probable que l’actuel président, Hosni Moubarak, pour la première fois depuis 30 ans, ne briguera pas un autre mandat, à cause de son âge et de sa santé déclinante. En 2005, pour la première fois, l’élection présidentielle avait mis en concurrence plusieurs candidats. Auparavant, la présidentielle consistait en un référendum sur un seul nom. La voie serait donc théoriquement libre en 2011 pour d’autres candidats.

La force d’opposition principale, les Frères musulmans, a actuellement, avec 88 sièges, la position la plus importante derrière le PND (Parti national démocratique) le parti au pouvoir. Il leur faudrait environ une trentaine de sièges supplémentaires pour avoir un vrai poids dans la vie politique.

Le durcissement de la répression policière des opposants semble indiquer que le gouvernement accorde de l’importance à ces élections, ou tout au moins veut verrouiller le paysage politique dès maintenant, en vue des présidentielles à venir.

Ces dernières dépendent des résultats des élections législatives car le choix des candidats dépend de la constitution du Parlement. Depuis 2007 et diverses réformes de la Constitution, alors dénoncées par Amnesty International comme le plus grand retour en arrière du point de vue des droits de l’homme depuis 26 ans dans ce pays, les candidats à la présidentielle doivent être nommés par des partis représentant au moins 3% des membres du Parlement.

L’économie pourrait être un grand débat national, mais elle est surtout traitée au niveau local voire très local. La situation économique de la plupart des 80 millions d’Egyptiens, malgré un taux de croissance impressionnant ces cinq dernières années (dépassant parfois les 7%) est toujours très préoccupante. Environ 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté (2$ par jour) et le taux de chômage est deux fois supérieur au taux officiel de 10%. Le salaire minimum est de 400 livres par mois (52 euros), et le gouvernement reconnaît une inflation de 12% annuels.

  • Et pourquoi le sentiment de résignation domine

Les Egyptiens ont le sentiment –assez justifié- que le scrutin est joué d’avance. Déjà en 2005, le taux de participation n’était que de 25%.

Même la perspective de faire de ces élections une répétition générale avant les présidentielles n’est guère enthousiasmante. Il est très probable que la présidentielle de 2011 sera verrouillée et que le PND présentera un candidat victorieux, peut-être Gamal Moubarak, le fils de Hosni Moubarak. Le pouvoir montre, par les mesures répressives enclenchées dès le début de la campagne, qu’il veut assurer son emprise sur le pays dès les législatives de cette année.

Entre le parti au pouvoir, le PND, et les Frères musulmans – ces derniers bénéficient effectivement d’un soutien populaire- il n’y a pas de troisième voie. Les autres partis d’opposition sont trop faibles et aucune figure vraiment charismatique ne se présente.  Mohamed El Baradei, ancien directeur de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique, dont la possible candidature à l’élection présidentielle avait suscité un certain enthousiasme, lequel est d’ailleurs largement retombé à cause de son image d’homme trop éloigné de la réalité égyptienne, ne présente pas de liste à ces élections. Ses partisans ainsi que ceux d’autres tendances de l’opposition suivront le mot d’ordre de boycott des élections.

Dans les milieux aisés, presque personne ne s’intéresse au politique. Les pauvres et les ruraux semblent être les seuls à aller voter. C’est pour eux un moyen de se rapprocher de l’administration et de faire pression pour des services (éducation, eau, gaz, électricité) que les riches obtiennent naturellement. Le clientélisme est l’essence du politique pour de nombreux candidats et administrés. Ce paramètre est parfaitement compris et exploité par le PND et les Frères musulmans. Le vote d’opinion est peu développé, même si la faveur des électeurs pour les « indépendants sur les principes du PND » leur permet d’exprimer leur opinion défavorable au parti au pouvoir.

Enfin, l’usage du droit de vote peut être un exercice dangereux en Egypte. Le pays est encore sous la loi de l’état d’urgence, proclamée en 1981 après l’assassinat d’Anouar El-Sadate, et renforcée depuis 2007. Cela laisse la police libre de réprimer les activistes et de faire pression sur les électeurs. Lors des précédentes élections parlementaires, en 2005, plus d’une dizaine de personnes ont trouvé la mort dans les émeutes.  La foule souhaitant voter s’était opposée à la police qui maintenait fermés les bureaux de vote des districts susceptibles d’être remportés par l’opposition – et principalement les Frères musulmans.

  • Comment se déroule la campagne ?

Il y a bien entendu des affiches, des talk-shows, des tribunes des opposants dans les journaux de l’opposition. Mais la plupart des média égyptiens sont contrôlés par le gouvernement ou ont subi récemment un tour de vis, comme le Dostour. Le PND est donc le parti qui se fait, et sans commune mesure, le plus entendre.

La campagne pourrait être plus démocratique, et c’est un euphémisme.

Le scrutin est en quelque sorte déjà truqué avant même l’ouverture des urnes.(article d’Al-Jazeera en anglais sur le sujet)

De nombreux candidats sont révoqués pour des motifs plus ou moins compréhensibles. A Alexandrie par exemple, l’un des bastions des Frères musulmans, plus de 60 candidats ont été refusés alors qu’ils remplissaient tous les critères pour se présenter. Cette semaine, puisqu’il n’y avait pas assez d’opposants, un juge a demandé la suspension des élections à Alexandrie, mais le PND a fait appel de cette décision et le Comité électoral refuse d’appliquer cette décision.

Depuis que les Frères musulmans ont annoncé, en octobre, leur participation au scrutin, la police a arrêté plus de 1000 de leurs partisans et continue les opérations d’intimidation et les arrestations de plus en plus frénétiquement. On peut lire ici des articles de journalistes d’al-Jazeera sur le sujet.

Le site des Frères musulmans propose un petit sondage:

Pourquoi le gouvernement américain reste-t-il silencieux alors que la répression gouvernementale égyptienne se poursuit ?

1- parce qu’il craint que les Frères musulmans parviennent au pouvoir en Egypte

2- pour affaiblir le Hamas, sa branche palestinienne

3- le gouvernement Obama a d’autres priorités que la démocratie en Egypte

4-  le régime égyptien tel qu’il est est son plus grand allié dans la région et est de ce fait indispensable

5- il n’est pas vrai que le gouvernement américain ignore la répression en Egypte

Il n’y aura pas d’observateurs internationaux pour attester de la transparence de ces élections. Le scrutin devrait être surveillé par des ONG. Mais des organisations locales de défense des droits de l’homme, théoriquement autorisées à surveiller les élections, se plaignent du peu d’empressement mis à leur fournir leurs accrdéditations.

Depuis 2000, les juges supervisaient l’ensemble des scrutins électoraux. Mais en mars 2007 (malgré ou à cause du mouvement des juges en 2005-2006) un amendement a abrogé cette obligation et donné aux juges la seule surveillance du décompte des voix, celle du vote lui-même étant à nouveau confiée à de simples fonctionnaires directement nommés par le gouvernement.

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