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Où donc va la “transformation démocratique” égyptienne ?

Le ministre Ali El-Selmy, chargé de portefeuille du Développement politique et de la Transformation démocratique, est en train de décevoir fortement malgré son titre ronflant. Il y a deux jours, il a proposé des principes supra-constitutionnels qui donnaient des pouvoirs considérables au Conseil suprême des forces armées, et aujourd’hui, jeudi 3 novembre, il a constitué le Conseil suprême de la Presse sans beaucoup de journalistes indépendants.

Ali El-Selmy est aussi détenteur du portefeuille de l’investissement et des affaires publiques et deuxième vice-Premier Ministre. Il est au pouvoir depuis le remaniement ministériel de juillet dernier, qui avait eu lieu après d‘intenses manifestations contre l’apparente complicité du gouvernement actuel avec les criminels du régime précédent. Son travail est tout sauf  facile, mais les résultats laissent apparemment les Egyptiens dubitatifs.

Ali El Selmy, (c) Yom7 website

Principes supra-constitutionnels

La discussion sur ces principes est un serpent de mer. Aucun accord n’a été atteint depuis des mois sur un texte destiné à chapeauter la Constitution qui devra être rédigée l’année prochaine. Ces négociations entre le gouvernement et les forces politiques sont  dûes principalement à la crainte d’une Constitution rédigée par un Parlement élu majoritairement religieux, ou majoritairement composé de membres du régime précédent. De cette crainte avait surgi le mouvement pour “la Constitution d’abord” (c’est-à-dire, avant les élections, ce qui va à l’encontre du calendrier voté en mars par référendum).

Le texte proposé le mardi 1er novembre a fait bondir les nombreuses forces politiques qui devaient l’approuver. Devant l’indignation générale, le gouvernement a reculé jeudi 3 novembre et amendé deux articles.

L’article 9, selon Ahram online, indiquait que seules les forces armées ont le droit de discuter des affaires qu’elles gèrent, de leur budget et de la législation qui les touche. La modification consiste en la disparition de “seulement”.

L’article 10, qui créait un Conseil de défense nationale chargé d’assurer la protection du Président, s’est vu adjoindre une clause spécifiant qu’il supervisera le budget des forces armées.

L’article qui stipulait que le pouvoir reviendrait au Conseil des Forces armées si la Constitution n’était pas écrite en six mois, et que la Constitution devrait être soumise à l’approbation du Conseil, a été supprimé.

Un article concernant la recrutement des membres de l’Assemblée constituante a aussi été modifié, de sorte que le Premier Ministre actuel et les Forces armées y aient moins de poids, et afin que les femmes y soient plus nombreuses.

Conseil suprême de la Presse

Cela fait des mois que les manifestations réclament une presse indépendante, et un organe indépendant pour la superviser, à défaut de la suppression d’un tel organe. A chaque fois que les récits des manifestants contredisent la version officielle, et que ces récits n’apparaissent que dans les médias d’opposition, dont l’audience n’est pas énorme, ce besoin se fait sentir cruellement. Aujourd’hui, le Conseil Suprême de la Presse, créé par Moubarak, est toujours en place, et ses membres viennent seulement d’être changés… ils sont maintenant principalement les rédacteurs en chef des médias d’Etat, d’après Al Masry Al Youm. Ce conseil de la presse promet d’avoir un regard critique…

Ali El-Selmy

Le poste a ete cree en juillet pour lui. En tant qu’ancien premier ministre du cabinet fantôme du Wafd, Ali El-Selmy peut être considéré comme une figure d’opposition ou comme un homme d’ancien régime, suivant la façon dont on considère le Wafd. La réputation de ce parti s’est largement ternie à diverses occasions, par exemple lors de l’affaire du journal d’opposition Dostour, du trublion Ibrahim Eissa: le journal avait été décapité à l’automne 2010, grâce à un conseil d’administration très lié au Président du Wafd. (lire l’histoire entière ici). Plus récemment, le journal du Parti (du même nom, le Wafd) ne prenait guère le chemin du sérieux: les titres incendiaires et les rumeurs -sur les “baltageyya” pullulaient.

Le Wafd et le Tagammu, deux des plus anciens partis égyptiens, ont accepté la version tant critiquée des principes supra-constitutionnels. Ils ont en effet l’habitude d’approuver ce que fait le gouvernement de transition. Cela, plus leur grande inefficacité sous Moubarak, leur vaut une certaine méfiance et l’accusation de complicité avec les “felool” (les anciens du PND de Moubarak).

A l’issue de la réunion d’aujourd’hui, Ali El-Selmy a indiqué que les partis qui refusaient de participer aux discussions (les partis des Frères musulmans et des salafistes, principalement) avaient un comportement non démocratique. Il a également indiqué que tous ceux qui l’accusaient injustement seraient poursuivis.

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Abbassiya: seconde bataille des chameaux ou bataille de la communication?

C’est à une lutte de symboles que se livrent l’armée et les manifestants opposés au pouvoir militaire. Après les heurts de vendredi et samedi dans le quartier d’Abbassiya, des responsables militaires accusent de trahison nationale le Mouvement du 6 avril, et celui-ci réplique en dénonçant les méthodes et la rhétorique dictatoriales du Conseil suprême des forces armées.
Le vendredi 22 juillet, après plus de deux semaines de ré-occupation de la place Tahrir et pas de changement notable, des militants ont décidé d’aller protester devant le siège du Conseil suprême des forces armées contre la dispersion des sit-in de Suez et d’Alexandrie par l’armée. On ne sait pas pourquoi ils voulaient absolument manifester ce jour-là alors qu’une grande marche coordonnée était prévue pour le lendemain. Ils étaient un ou deux milliers. Ils sont arrivés à Abbasseya, le quartier où se trouve le siège du Conseil suprême des Forces armées. Dans ce quartier, l’armée avait installé des dispositifs de sécurité (grillages, murs de tanks) pour les empêcher de passer.
Après les déclarations de ces dernières semaines sur le manque de civisme des campeurs de la place Tahrir, tant des militaires que des Frères musulmans ou membres d’autres organisations islamistes, beaucoup croient que tout manifestant est un vaurien qui se prend pour un révolutionnaire, met à mal l’économie égyptienne, détruit les propriétés privées, et calomnie la grande armée patriote.
Aussi essuient-ils des jets de pierre, venant de voyous engagés pour l’occasion, ou alors d’habitants du quartier s’imaginant attaqués.
Le Conseil suprême des Forces Armées publie sa 69ème Déclaration, où il accuse le Mouvement du 6 avril d’organiser la méfiance entre le peuple et l’armée. Un général s’exprime à la télé vision pour indiquer que bien évidemment, c’est pour servir les intérêts d’agents étrangers.  Il accuse des sites internet non nommés de monter le peuple contre l’armée (twitter, facebook, c’est pour vous!), et il remercie ceux qui ont attaqué les manifestants de s’être interposés entre eux et l’armée…
Le mouvement répond qu’il n’était pour rien dans l’organisation de cette marche, et que le Conseil suprême cherche à discréditer les mouvements d’opposition pacifique qui demandent la réalisation des espoirs de la Révolution. Le mouvement du 6 avril est le mouvement de société civile le plus organisé: il date d’avant la Révolution (Mahalla, 2008) et a dorénavant une antenne dans chaque gouvernorat. Il avait en effet, ainsi que d’autres mouvements et partis de la Coalition Démocratique, appelé à une marche, mais le samedi 23 juillet! C’est la date anniversaire de la révolution égyptienne de 1952, qui fut d’ailleurs un coup d’Etat militaire. Cette marche voulait soutenir les objectifs de la Révolution et protester contre le pouvoir politique détenu par l’armée, et contre la persistance de la comparution de civils devant les tribunaux militaires.  Elle a bien eu lieu, et elle a eu aussi pour but de défendre le 6 avril contre la calomnie. Le cortège se chiffrait en dizaines de milliers selon les participants. Elle s’arrête devant le blocage d’Abbassiya, où manifestants et militaires s’observent de chaque côté des barbelés.  Le temps du “peuple et l’armée, une seule main” est bien fini ici.

photo de Gigi Ibrahim. Rue d'Abbasseya bloquée par un mur de tanks.

Le soir, des affrontements ont lieu à nouveau. Ils durent plusieurs heures, surtout dans les rues de traverse, où certains des manifestants se retrouvent bloqués.  (photos dans cet article du blog d’un journaliste d’Al-Masry Al Youm)
L’armée, bientôt rejointe par la police militaire et les forces de sécurité, reste passive et se contente de tirer en l’air, tandis que les pierres et les cocktails Molotov pleuvent. Les manifestants, dégoûtés, retournent à Tahrir dès qu’ils sortent du quartier.
D’après le Ministère de la Santé, les heurts ont fait plus de 300 blessés.
Le même jour, le Premier Ministre Essam Sharaf dit que le gouvernement a bien l’intention de réaliser les demandes de la révolution, mais qu’il y a façon et façon de réclamer, et que le dialogue est la meilleure option.
Comme d’habitude, l’armée gronde et le gouvernement rassure.
Les manifestants ont l’impression de revivre l’opposition à Moubarak, avec la même désinformation dans les médias, la même tactique de bataille de rue, comme celle des chameaux sur la place Tahrir le 2 février, et les arrestations au hasard.
Le lendemain, Dream 2, une chaîne de télévison privée, pourtant, renvoie une journaliste, Dina Abdel Rahman. Elle avait eu l’impudence de lire un éditorial du journal Tahrir, qui critiquait la position du Conseil militaire envers le 6 avril.
Lundi, le Ministre de la Santé a reçu certains jeunes de la Révolution et a annoncé que des enquêtes seraient ouvertes sur les événements d’Abbassiya.

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Pourquoi les sit-in continuent-ils ?

L’impatience a gagné des centaines de milliers d’Egyptiens. Plus de six mois après la chute de Moubarak, le « système » est toujours en place. Un énième remaniement ministériel vient d’avoir lieu, d’autres promesses ont été faites, les appels au calme se multiplient, qu’ils viennent des représentants de l’armée ou des Frères musulmans, voire des salafistes, qui traitent tous régulièrement de “voyous” (baltagya) les manifestants (pure tradition moubarakienne) mais des milliers de gens ont décidé de ré-occuper l’espace public- physiquement : d’où les sit-ins partout en Egypte, notamment l’occupation de la fameuse place Tahrir.

Début juillet, la colère explose à nouveau. D’abord à cause du report d’un mois, fin juin, du procès de l’ex-Ministre de l’Intérieur, Habib al-Adly, accusé d’avoir mené la répression de la révolte qui a détrôné Moubarak, et d’être ainsi responsable de plus de 800 morts. Ensuite avec la répression très brutale (entre 500 et 1000 blessés) d’une manifestation de familles de victimes de la Révolution, qui demandait justice, au Caire, le 28 juin. Les affrontements avec la police ont bien montré que la haine et la méfiance envers cet outil de la dictature de Moubarak est toujours présente, et les blessés, qu’elle est toujours en partie justifiée. Enfin, à cause de la libération, le 4 juillet, par le tribunal de Suez, de 14 policiers accusés d’être responsables des victimes de la Révolution.

Depuis le 8 juillet, la place Tahrir est à nouveau occupée jour et nuit. Les partis et les mouvements y ont établi des stands, et les « angry youg men » et « women », et les plus vieux, et les enfants, et les familles, y plantent des tentes, y apportent de l’eau, des vivres, leur wifi, leur téléphone, leurs feuilles de dessin, de l’optimisme, de la détermination, enfin de quoi s’installer, et de quoi combattre, en s’armant contre une chaleur infernale, ce qui leur semble être une contre-révolution par inertie. De très grands rassemblements ont eu lieu le vendredi 8, le mardi 12, et le vendredi 15 (appelé jour du dernier avertissement; photos).

Tahrir le 8 au soir, photo de Gigi Ibrahim

Essam Sharaf, à qui les révolutionnaires faisaient pourtant vraiment confiance lors de son investiture, a été appelé à démissionner. Son discours du dimanche 10 juillet, jugé expéditif et décevant, n’a pas vraiment apaisé les esprits. Il n’y avait pas de consensus de toute la place à ce sujet, malgré tout. Il avait promis de le faire s’il n’arrivait pas à démocratiser rapidement l’Egypte. Certains lui rappellent sa promesse. Le Conseil suprême des Forces armées suscite de plus en plus largement la méfiance. Au début, seuls quelques méfiants s’en défiaient, maintenant, il passe pour la marionnette de Moubarak, ou au contraire pour son maître, et au mieux pour un ensemble de vieux généraux totalement incapable de comprendre les aspirations actuelles de l’Egypte. Le Conseil suprême des Forces armées est la haute autorité militaire qui a la réalité du pouvoir en Egypte. Il y a effectivement un gouvernement civil provisoire, mais il dépend du bon vouloir de cette autorité. Ainsi les ministres doivent-ils lui prêter serment… Les décrets pris par ce Conseil sont largement plus fréquents que ceux du gouvernement, et n’ont pas besoin de l’approbation de ce dernier pour entrer en vigueur.

"à bas le régime militaire" photo de Gigi Ibrahim

Malgré les déclarations et mesures de ces derniers jours, les revendications des manifestants n’ont pas été satisfaites. La déclaration du Conseil militaire, le 12 juillet, notamment, disant à mots couverts l’agacement qu’il ressentait face aux manifestations, a été très mal prise. Aussi l’occupation continue-t-elle.

Les partis et les mouvements ayant appelé à la manifestation, notamment la Coalition de la Révolution, le Front pour la Justice et la Démocratie, le parti Karama (Dignité) etc. demandaient :

– le jugement public des officiers impliqués dans les morts de la répression du soulèvement qui a détrôné Moubarak ; cette demande n’a pas été satisfaite, bien qu’elle ait été entendue. Le 12 juillet, le Premier Ministre Sharaf a déclaré que des tribunaux réservés à ces cas seraient mis en place pendant l’été, malgré les vacances habituellement prises par les juges à ce moment-là. On attendait de voir. Le lendemain, près de 600 policiers sont mis à pied, mais sans jugement préalable !

– un jugement rapide et public de la famille Moubarak et des symboles de la corruption du régime déchu : rien du côté des Moubarak, en revanche le début du procès du Ministre de l’Information, Anis al Fiqqi, a été retransmis à la télévision. L’ancien Président est censé être jugé le 3 août, mais son avocat ne cesse de dire que sa santé est très mauvaise, qu’il est à l’article de la mort, et encore ce dimanche, le 17!

– l’annulation des jugements de civil par des tribunaux militaires : le Conseil suprême des Forces armées a entendu cette demande: il a déclaré qu’il réserverait les jugements militaires aux cas de violence, viol, etc. et qu’il ne s’en servirait plus pour juger les activistes arrêtés dans les manifestations. Mais ce n’est pas la première fois qu’on entend une semblable promesse, non suivie d’effets.

– la révocation de la loi anti-grèves et anti-manifestations : c’est une loi passée après la chute de Moubarak pour « éviter le chaos et protéger la stabilité et le travail », aucune déclaration n’a été faite à ce sujet;

– la limitation de l’autorité du Conseil suprême des forces armées

– de refaire un budget de l’Etat plus favorable aux pauvres ; sur ce point, les syndicats rajoutaient qu’ils souhaitaient un salaire minimum de 1200LE (il avait été élevé jusqu’à 700 LE il y a environ un mois et demi), et un salaire maximum de 15 fois ce salaire minimum

– l’interdiction de se présenter aux deux mandatures à venir pour les ex-membres du PND.

Le Mouvement du 6 Avril (il a plusieurs pages facebook, plusieurs réseaux d’information, et une page par région) a déclaré poser comme conditions à son départ de la place : le renvoi du procureur général, Abdel Magid-Mahmoud,

marche vers les bureaux du procureur général, le 20 juillet, photo de Mona Seif

le renvoi de Gawdat El-Malt, le Président de l’Organisation chargée de contrôler les fraudes (à cause de la lenteur des procès contre les dignitaires du régime de Moubarak) et un remaniement des ministères et des institutions publiques pour en renvoyer les restes de la période Moubarak.

Cinquante manifestants seraient en train de continuer une grève de la faim.

photo de Tahrir le 19 juillet, prise par Gigi Ibrahim

Une grande partie des manifestants a l’intention de rester au moins jusqu’au début du Ramadan, qui commence le 1er août.

Une invitation facebook (page en anglais), de nature festive et religieuse autant que sociale et politique, a de toute façon déjà été lancée pour la rupture du premier jeûne du vendredi, Chrétiens et Musulmans ensemble, place Tahrir. Initialement, c’était une idée de l’ANC (Baradei) mais son succès dépasse l’audience de ce parti.

Certains des manifestants expliquent qu’il restent, bien sûr pour faire pression, mais aussi à cause de la fascination qu’exerce sur eux cette société miniature de Tahrir. Une société avec tous les âges, presque tous les courants d’opinion, et tous les problèmes (pauvreté, vols, harcèlement) que connaît la société égyptienne, mais sans police (ou plutôt, avec un service de sécurité composé de volontaires, parfois aussi brutaux que la police, parce qu’ils ont eu, par exemple, maille à partir avec une attaque de vendeurs itinérants, et parfois plus civils), sans institutions: bref, une tabula rasa où l’on pourrait écrire tous les rêves.

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27 mai: Révolution égyptienne, seconde : deuxième jour de colère, énième vendredi

Les numéros 2 d’un grand succès laissent toujours un goût amer. La deuxième édition, quatre mois plus tard, du Jour de Rage a été, à certains égards, un succès, et à d’autres, un échec. Ce 27 mai n’était en tout cas assurément pas une deuxième Révolution. Le but principal, montrer que des centaines de milliers de personnes à travers l’Egypte sont encore prêtes à se mobiliser, même sans le soutien des Frères musulmans, sur le mot d’ordre de soutien à la Révolution, a quand même été atteint.

Tout d’abord, pourquoi une « deuxième Révolution » ?

Tous les activistes n’étaient pas d’accord sur cette appellation. Presque tous les vendredis depuis la chute de Moubarak, des manifestations ont lieu place Tahrir. Ce vendredi-ci, quatre mois après le 28 janvier, était une bonne occasion de rendre hommage aux « martyrs » et de prendre un nom accrocheur pour aider à mobiliser les foules. L’idée d’une « deuxième révolution » vient du désir de retrouver l’élan de fraternité de la Révolution, ainsi que des motifs de colère contre la gestion de la période de transition par le gouvernement de transition et le Conseil suprême des Forces armées (CSFA).

Ce vendredi voulait être autre chose qu’une grande kermesse. L’ambiance, sur place, était, par endroits, aux discussions politiques, à d’autres, on buvait du jus de mangue en famille dans la chaleur étouffante (presque  40°), à d’autres encore, on s’imaginait continuer le sit-in dans la nuit et mourir en martyr sous les balles de l’armée qui viendrait nettoyer la place à l’heure du couvre-feu.

« Je n’ai pas vu de changement (taghir), alors je redescends à Tahrir »

Tel était le slogan de ce vendredi 27. Les changements attendus en vain, et promis régulièrement par le CSFA étaient :

-la fin des jugements militaires des civils

-l’instauration d’une limitation des salaires (maximum et minimum)

– le jugement de Moubarak et des autres symboles de la corruption

– la compensation financière aux blessés et aux familles des morts de la Révolution

– la dissolution des conseils locaux et des enquêtes sur l’intégrité des gouverneurs

– le retour de la police et sa réorganisation pour une approche plus citoyenne

– un aggiornamento des médias ou le licenciement des journalistes trop proches de l’Ancien régime

– une date claire pour toutes ces mesures.

fin des jugements devant les tribunaux militaires. Un civil se juge devant un tribunal normal.

Bien sûr, ce sont les demandes sur lesquelles les différentes organisations s’étaient mises d’accord, cela ne signifie pas du tout qu’elles faisaient l’unanimité parmi les manifestants. Ainsi la question des salaires laissait dubitatifs ceux qui trouvent l’économie égyptienne trop mal en point pour se permettre de prendre des mesures sociales et contre les hauts salaires. La question de la “purification” ne fait pas non plus l’unanimité: “si on devait licencier tous ceux qui ont participé au système… à ce compte-là, c’est -le peuple veut purifier le peuple!-”

« On est toujours là »

Tous ceux qui ont appelé à participer à cette manifestation (organisations de la Révolution, mouvements comme le 6 avril, hommes politiques comme El-Baradei) avaient trouvé que le moment était stratégique : le procès de Moubarak, symbole de la dictature renversée, traînait, les changements de fond aussi.

sur la bannière centrale: "le peuple veut: le jugement transparent et rapide des assassins et des symboles de la corruption"

Si beaucoup de manifestants étaient surtout là pour l’ambiance de kermesse, la plupart revenaient au militantisme après l’avoir abandonné à la suite des manifestations du 1er avril (dit de « protection de la Révolution » et de « purification des médias » -rien de saillant ne s’en était suivi) et du 8 avril (jour de la manifestation des officiers dissidents). Beaucoup, bien sûr, sont aussi des militants acharnés, participant à toutes les actions, pour les droits des militants jusqu’à la Palestine en passant par la solidarité interconfessionnelle et la dénonciation du CSFA.

La fin de la manifestation a été votée pour 6 heures, afin de rendre la place à la circulation et de montrer le civisme des manifestants. Certains sont restés jusque dans la nuit. D’autres sont revenus pour nettoyer un peu la place (certains se promenaient dans la journée avec des sacs poubelles, mais l’ardeur ménagère et le civisme étaient dix fois moins présents que pendant les 18 jours de gloire). Le respect des femmes était aussi largement moins présent dans la foule, même si certains s’occupaient de vérifier le comportement de leurs compagnons, ou de ménager des espaces sécurisés par lesquels les femmes pouvaient passer sans craindre d’irrespect lié à la foule. Des actes de délinquance aux abords de la place ont été rapportés.

Welcome to Revolutionland

La Révolution est un grand motif de fierté nationale pour les Egyptiens. Prolifèrent partout les colifichets et objets divers aux couleurs de la Révolution, de l’Egypte, ou à l’effigie caricaturale de Moubarak. Les chansons qui font des déclarations d’amour à la patrie et à la glorieuse jeunesse colonisent toutes les radios et télévisions, et les publicités ne sont pas en reste pour titiller la fibre nationaliste. En ce moment, le sentiment national semble se résumer à la glorification de la Révolution. Et la Révolution semble se résumer à un épisode définitif, immédiatement mythologisé et figé dans sa réécriture émotionnelle et patriotique.

Pendant les fameux 18 jours, et encore quelques semaines après, on vous peignait le drapeau égyptien d’autorité et fraternellement sur la main ou la joue, aujourd’hui c’est un business attrape-touristes.

Effervescence et division politiques

Les manifestants ne parlaient pas d’une seule voix ce vendredi. Déjà, pendant la Révolution, les opposants au « régime » dans son intégralité se différenciaient de ceux qui voulaient simplement la chute de Moubarak, les légalistes des jusqu’aux-boutistes. Aujourd’hui, ceux qui ont été frustrés par le « oui » au référendum sur les amendements constitutionnels continuent à insister sur le danger pour la démocratie que représenterait la rédaction de la Constitution par un Parlement dominé par les Frères musulmans. Et selon eux, c’est ce qui arrivera avec les élections en septembre, la Confrérie étant la seule organisation assez importante aujourd’hui (et en septembre) pour avoir un grand groupe.

panneau de gauche: la dignité de la révolution n'est pas à vendre. panneau de droite: la Constitution d'abord

Le problème est presque ontologique : faut-il, pour défendre la démocratie, aller jusqu’à contrarier la volonté de la majorité ?

Des partis s’organisent, certes. Mais aucun ne semble bénéficier d’un large soutien populaire. Ces jours-ci, on ne compte plus les nouveaux partis (ou les déclarations de fondation, du moins, car le processus d’officialisation est une autre affaire). Les moyens diffèrent largement, entre les prospectus sur papier glacé et les tracts sur papier journal. Ce vendredi, le parti créé après la révolution qui semblait avoir le plus de moyens était celui de ‘Adl (justice). Il se revendique comme anti-idéologie, et  c’est tout juste s’il a un programme. Il se dit respectueux des valeurs traditionnelles, et progressiste, et garant des principes de la Révolution.

D’illustres inconnus distribuaient aussi des feuillets indiquant qu’ils se présenteraient à la présidentielle.

Les discussions politiques allaient bon train sur la place: où veut-on aller, vers plus de capitalisme, plus de socialisme, plus de libéralisme (économique, social- ici le terme de “libéral” veut presque plutôt dire séculariste, laïc) ou de conservatisme? Des socialistes contre le jugement des civils devant les tribunaux militaires,  des “libéraux” manifestent pour la Constitution d’abord, d’autres demandent un conseil présidentiel civil (deux demandes qui paraissent hors de saison), d’autres encore s’adonnent à la nostalgie Nasser. La popularité de l’ancien Président et du socialisme arabe étaient visibles à travers ses portraits, les cartes à son effigie et les programmes que certains groupes distribuaient. Il existe effectivement un parti nassériste (présent sous Moubarak) mais même en-dehors de cette mouvance, l’époque Nasser est souvent idéalisée.

Dictature militaire ou paranoïa des activistes ?

La situation est assez confuse, il faut bien l’admettre. Certains activistes s’inquiètent énormément du CSFA. Ils ne représentent qu’une minuscule partie de l’opinion. Ils ont l’impression que la dictature militaire qui était en place sous Moubarak perdure, que le changement n’est que de façade. Ils sont confortés dans cette opinion par la censure qui touche le sujet de l’armée et la brutalité avec laquelle sont traités les opposants au CSFA (arrestations, interrogatoires, jugements militaires). Depuis février, selon certaines organisations, cinq mille militants auraient été arrêtés.

"le peuple veut un conseil présidentiel civil"

De plus, les membres de ce conseil restent assez mystérieux, ce qui contribue à entretenir l’impression de manipulation. Depuis quelque temps, le noyau dur des activistes manifeste pour la démission du CSFA et son remplacement par un conseil présidentiel civil. Cette demande est pour beaucoup irréaliste, si longtemps après la chute de Moubarak, et trop peu de temps avant les élections. Certains insistent pour différencier l’armée, qui mérite toujours son immunité, du Conseil, qui, ayant un rôle politique, devrait accepter de se soumettre à la critique.

Par ailleurs, les mesures que prend le CSFA avant les vendredis de manifestation importante, pour désamorcer l’impatience, ont tendance à agacer. Elles sont vues comme des miettes que l’armée jette au peuple pour le faire tenir tranquille.  Cette semaine, c’était l’annonce de l’ouverture de la frontière à Rafah vers la bande de Gaza, sauf pour les hommes entre 18 et 40 ans, et sauf les vendredis, (dernièrement, les manifestations pro-Palestine étaient très nombreuses et virulentes) et l’inculpation de meurtre sur la personne des manifestants de la révolution de Moubarak et de ses fils.

La décision de l’armée et de la police d’être absentes lors de la manifestation de ce vendredi, officiellement pour éviter des affrontements entre jeunes trop opposés à l’armée et forces de maintien de l’ordre, a été considérée par certains comme une manière d’inciter  les délinquants à agir en toute impunité, soit pour augmenter l’hostilité d’une partie de la population envers la Révolution, soit pour permettre à l’armée de renforcer son contrôle en toute légitimité, pour des raisons de sécurité.

Boycott des Frères musulmans ?

Officiellement, les Frères musulmans boycottaient la manifestation, au motif qu’elle ne ferait qu’appeler à l’hostilité envers l’armée, et parce qu’ils sont favorables à un retour à la normale. Cependant, place Tahrir, des jeunes Frères musulmans étaient présents et distribuaient des prospectus. Depuis la révolution, le mécontentement d’une partie des jeunes des Frères musulmans envers la direction de la confrérie, trop conservatrice, se fait de plus en plus sonore.

La majorité silencieuse

Par définition, il est difficile de savoir ce qu’elle pense…  Elle partage vraisemblablement l’agréable sentiment de fierté nationale, l’inquiétude pour la stabilité et le marasme économique que diffusent les médias d’Etat et aussi OnTV, la chaîne du magnat Naguib Sawiris. Confrontés à l’aggravation des problèmes d’insécurité (la police ne s’est pas encore remise à travailler correctement, si tant est qu’elle l’ait fait un jour, et des prisons ont été ouvertes pendant la Révolution précisément pour créer de l’insécurité), à la frilosité du marché de l’emploi (un huitième des emplois est lié au tourisme, qui a dramatiquement chuté), à l’augmentation du prix des importations (la livre égyptienne avait beaucoup baissé), beaucoup accusent la « Révolution » de n’avoir fait qu’empirer les conditions de vie déjà difficiles de la majorité de la population.

Quelques jours après cette manifestation, les instances dirigeantes n’ont rien fait de particulier, le procès de Moubarak est encore ajourné, et des sources judiciaires ont laissé filtrer qu’il n’y avait pas de preuves convaincantes de l’implication directe de Moubarak dans la mort des manifestants.

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Elections du 27 novembre en Egypte ou Pourquoi les Egyptiens iront à la pêche dimanche

Le 27 novembre 2010 et comme tous les cinq ans, les Egyptiens sont appelés à élire leur Parlement. Malgré la proximité des présidentielles (prévues en 2011) et l’habituelle répression des mouvements de contestation et des activistes (surtout des Frères musulmans), la population égyptienne semble se désintéresser du scrutin de dimanche. Le dimanche étant le premier jour de la semaine en Egypte, le 27 risque d’être simplement un lundi comme les autres pour une grande partie des Egyptiens.

  • Pourquoi ces élections auraient pu enflammer les foules

L’élection présidentielle aura lieu l’année prochaine, et il est fort probable que l’actuel président, Hosni Moubarak, pour la première fois depuis 30 ans, ne briguera pas un autre mandat, à cause de son âge et de sa santé déclinante. En 2005, pour la première fois, l’élection présidentielle avait mis en concurrence plusieurs candidats. Auparavant, la présidentielle consistait en un référendum sur un seul nom. La voie serait donc théoriquement libre en 2011 pour d’autres candidats.

La force d’opposition principale, les Frères musulmans, a actuellement, avec 88 sièges, la position la plus importante derrière le PND (Parti national démocratique) le parti au pouvoir. Il leur faudrait environ une trentaine de sièges supplémentaires pour avoir un vrai poids dans la vie politique.

Le durcissement de la répression policière des opposants semble indiquer que le gouvernement accorde de l’importance à ces élections, ou tout au moins veut verrouiller le paysage politique dès maintenant, en vue des présidentielles à venir.

Ces dernières dépendent des résultats des élections législatives car le choix des candidats dépend de la constitution du Parlement. Depuis 2007 et diverses réformes de la Constitution, alors dénoncées par Amnesty International comme le plus grand retour en arrière du point de vue des droits de l’homme depuis 26 ans dans ce pays, les candidats à la présidentielle doivent être nommés par des partis représentant au moins 3% des membres du Parlement.

L’économie pourrait être un grand débat national, mais elle est surtout traitée au niveau local voire très local. La situation économique de la plupart des 80 millions d’Egyptiens, malgré un taux de croissance impressionnant ces cinq dernières années (dépassant parfois les 7%) est toujours très préoccupante. Environ 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté (2$ par jour) et le taux de chômage est deux fois supérieur au taux officiel de 10%. Le salaire minimum est de 400 livres par mois (52 euros), et le gouvernement reconnaît une inflation de 12% annuels.

  • Et pourquoi le sentiment de résignation domine

Les Egyptiens ont le sentiment –assez justifié- que le scrutin est joué d’avance. Déjà en 2005, le taux de participation n’était que de 25%.

Même la perspective de faire de ces élections une répétition générale avant les présidentielles n’est guère enthousiasmante. Il est très probable que la présidentielle de 2011 sera verrouillée et que le PND présentera un candidat victorieux, peut-être Gamal Moubarak, le fils de Hosni Moubarak. Le pouvoir montre, par les mesures répressives enclenchées dès le début de la campagne, qu’il veut assurer son emprise sur le pays dès les législatives de cette année.

Entre le parti au pouvoir, le PND, et les Frères musulmans – ces derniers bénéficient effectivement d’un soutien populaire- il n’y a pas de troisième voie. Les autres partis d’opposition sont trop faibles et aucune figure vraiment charismatique ne se présente.  Mohamed El Baradei, ancien directeur de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique, dont la possible candidature à l’élection présidentielle avait suscité un certain enthousiasme, lequel est d’ailleurs largement retombé à cause de son image d’homme trop éloigné de la réalité égyptienne, ne présente pas de liste à ces élections. Ses partisans ainsi que ceux d’autres tendances de l’opposition suivront le mot d’ordre de boycott des élections.

Dans les milieux aisés, presque personne ne s’intéresse au politique. Les pauvres et les ruraux semblent être les seuls à aller voter. C’est pour eux un moyen de se rapprocher de l’administration et de faire pression pour des services (éducation, eau, gaz, électricité) que les riches obtiennent naturellement. Le clientélisme est l’essence du politique pour de nombreux candidats et administrés. Ce paramètre est parfaitement compris et exploité par le PND et les Frères musulmans. Le vote d’opinion est peu développé, même si la faveur des électeurs pour les « indépendants sur les principes du PND » leur permet d’exprimer leur opinion défavorable au parti au pouvoir.

Enfin, l’usage du droit de vote peut être un exercice dangereux en Egypte. Le pays est encore sous la loi de l’état d’urgence, proclamée en 1981 après l’assassinat d’Anouar El-Sadate, et renforcée depuis 2007. Cela laisse la police libre de réprimer les activistes et de faire pression sur les électeurs. Lors des précédentes élections parlementaires, en 2005, plus d’une dizaine de personnes ont trouvé la mort dans les émeutes.  La foule souhaitant voter s’était opposée à la police qui maintenait fermés les bureaux de vote des districts susceptibles d’être remportés par l’opposition – et principalement les Frères musulmans.

  • Comment se déroule la campagne ?

Il y a bien entendu des affiches, des talk-shows, des tribunes des opposants dans les journaux de l’opposition. Mais la plupart des média égyptiens sont contrôlés par le gouvernement ou ont subi récemment un tour de vis, comme le Dostour. Le PND est donc le parti qui se fait, et sans commune mesure, le plus entendre.

La campagne pourrait être plus démocratique, et c’est un euphémisme.

Le scrutin est en quelque sorte déjà truqué avant même l’ouverture des urnes.(article d’Al-Jazeera en anglais sur le sujet)

De nombreux candidats sont révoqués pour des motifs plus ou moins compréhensibles. A Alexandrie par exemple, l’un des bastions des Frères musulmans, plus de 60 candidats ont été refusés alors qu’ils remplissaient tous les critères pour se présenter. Cette semaine, puisqu’il n’y avait pas assez d’opposants, un juge a demandé la suspension des élections à Alexandrie, mais le PND a fait appel de cette décision et le Comité électoral refuse d’appliquer cette décision.

Depuis que les Frères musulmans ont annoncé, en octobre, leur participation au scrutin, la police a arrêté plus de 1000 de leurs partisans et continue les opérations d’intimidation et les arrestations de plus en plus frénétiquement. On peut lire ici des articles de journalistes d’al-Jazeera sur le sujet.

Le site des Frères musulmans propose un petit sondage:

Pourquoi le gouvernement américain reste-t-il silencieux alors que la répression gouvernementale égyptienne se poursuit ?

1- parce qu’il craint que les Frères musulmans parviennent au pouvoir en Egypte

2- pour affaiblir le Hamas, sa branche palestinienne

3- le gouvernement Obama a d’autres priorités que la démocratie en Egypte

4-  le régime égyptien tel qu’il est est son plus grand allié dans la région et est de ce fait indispensable

5- il n’est pas vrai que le gouvernement américain ignore la répression en Egypte

Il n’y aura pas d’observateurs internationaux pour attester de la transparence de ces élections. Le scrutin devrait être surveillé par des ONG. Mais des organisations locales de défense des droits de l’homme, théoriquement autorisées à surveiller les élections, se plaignent du peu d’empressement mis à leur fournir leurs accrdéditations.

Depuis 2000, les juges supervisaient l’ensemble des scrutins électoraux. Mais en mars 2007 (malgré ou à cause du mouvement des juges en 2005-2006) un amendement a abrogé cette obligation et donné aux juges la seule surveillance du décompte des voix, celle du vote lui-même étant à nouveau confiée à de simples fonctionnaires directement nommés par le gouvernement.

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Qui se présente aux élections législatives en novembre en Egypte?

Affiches dans l'arrondissement cairote de Qasr-el-Nil

Chacun des 254 districts électoraux envoie deux députés au Parlement. Il y a ainsi deux catégories : celle des ouvriers et paysans (le niveau scolaire de leurs représentants ne doit pas dépasser le niveau lycée) et celle des « autres classes ». 64 sièges sont réservés d’office aux femmes, dans un esprit de discrimination positive. Il y aura deux élues par grande région, mais le public se désintéresse de ce scrutin présentant des candidates trop éloignées de son quotidien. Le gouvernement aura donc tout loisir de placer ses représentantes.

Les candidats à ces élections viennent soit du PND, soit du parti d’opposition modérée (libéral) le Néo-Wafd, soit du Tagammu (le Parti National Progressiste Unioniste, parti « socialiste » regroupant essentiellement d’anciens marxistes et nassériens), soit du Parti Nassérien, soit enfin des indépendants, ensemble divers mais très important. Parmi les indépendants on trouve les Frères musulmans, officiellement bannis (un parti politique ne peut normalement pas se revendiquer d’une religion) mais tolérés dans les faits, qui candidatent pour un tiers des sièges. Ils ont obtenu aux dernières législatives 88 sièges, ce qui est le plus beau score de l’opposition. On trouve aussi les « indépendants sur les principes du PND ».  Ils fournissent une échappatoire au mécontentement populaire contre le gouvernement, mais en définitive ils viennent grossir les rangs du PND au Parlement.

Le vote d’opinion est très minoritaire aux législatives. Les électeurs soutiennent le candidat qui, à leur avis, a fait le plus de bien à leur district. Sans parler de ceux dont la voix est purement et simplement achetée.  Les candidats qui perdent sont ceux qui ne font pas de clientélisme, ceux dont l’offre est exclusivement politique.

Certains leaders importants de l’opposition boycottent ces élections. L’opposition est divisée et ne sait pas quel mot d’ordre suivre.

Un boycott total serait susceptible de produire un électrochoc sur le gouvernement, pensent les optimistes.

Le parti Al-Ghad (“demain”) se tient  à l’écart. Il avait brillamment réussi lors des présidentielles de 2005 (8%). Son leader d’alors, Ayamn Nour, a depuis été traduit en justice et emprisonné sur de douteuses accusations de fraude. Les bureaux du Ghad dans le centre du Caire ont été brûlés en novembre de l’année dernière. Les partisans de Nour pensent que les services de sécurité sont derrière cet incendie.

L’Association Nationale pour le Changement, organisée par Mohamad El Baradei et qui rassemble des mouvements d’opposition comme Kifaya (« ça suffit »), n’a pas présenté de candidats.

Quelques photos de la campagne dans les rues du Caire :

Les petits symboles que vous voyez sont destinés à la nombreuse population analphabète. Les petits dessins figurent sur les bulletins de vote, représentés à côté du nom du candidat. Le vote s’effectue en cochant une case.

L’analphabétisme est encore très important en Egypte. Il est d’environ 35%, mais est largement plus important chez la population féminine.

Le croissant et le chameau, par exemple, ont été choisis par le PND. Le croissant est utilisé par représentants des « autres classes » et le chameau par ceux des « ouvriers et paysans ». Le téléphone, mobile ou portable, est aussi utilisé par les « ouvriers et paysans ».

en haut à droite, un verset du Coran: "Si Dieu vous donne la victoire, personne ne peut vous défaire." Il ne s'agit pas d'un candidat Frère musulman.

"Construisons ensemble, hommes et femmes" C'est une candidate du PND pour l'un des sièges réservés aux femmes.

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